Un nouvel œil sur la réforme du BAC

On en a entendu parler dans tous les médias, elle est restée floue pendant des mois, mais là maintenant, dans quelques jours, les futurs bacheliers du nouveau « BAC 2021 » rentreront en classe de première « à la carte ». Cela signe la fin des filières L, ES, S que ma génération (Obtention du BAC en 2012, et oui ça remonte !) et celle de mes parents ont connues.

Ma petite sœur rentre en première générale cette année et a donc dû choisir ses spécialités pour l’année prochaine. Elle s’est retrouvée face à pas moins de 12 enseignements de spécialité ! Tous n’étaient pas enseignés dans son lycée, ça a donc permis de faire un premier tri, et puis mes parents l’ont quand même aidée afin qu’elle ne fasse pas un « mauvais choix ». De nombreux jeunes m’ont également demandé des conseils concernant les choix de ces enseignements de spécialité, et c’est donc ainsi que je me suis intéressée à cette réforme.

Quel était l’objectif de cette réforme ?

D’après le ministère de l’éducation, « Le nouveau baccalauréat 2021 redonne au baccalauréat son sens et son utilité avec un examen remusclé et un lycée plus simple, plus à l’écoute des aspirations des lycéens, pour leur donner les moyens de se projeter vers la réussite dans l’enseignement supérieur. » Sur le fond je dis oui, je suis pour l’écoute des lycéens et d’accord pour dire que le BAC que j’ai passé en 2012 ne m’a pas préparée de manière « optimale » à mes études. Mais dans les faits, quels sont les changements mis en place pour atteindre cet objectif ?

Dès la rentrée de seconde, des tests de positionnement en français et en mathématiques sont réalisés, afin que l’équipe enseignante puisse rapidement identifier les lacunes de chaque élève et pouvoir les accompagner dans la réussite de leur année de seconde. Ces tests sont faits sur ordinateur et sont identiques pour tous les élèves de seconde au niveau national. Dans les faits, concernant le lycée de ma petite sœur, elle n’a jamais eu connaissance du score qu’elle a eu mais elle a su que toute sa classe a obtenu une excellente note. Dans le fond je trouve que l’idée est bonne, mais pour qu’un test soit bon il faut à mes yeux que même le meilleur élève de France se trouve face à une difficulté et ainsi on pourra juger au mieux de son niveau. Actuellement, le test n’est à ma connaissance donc pas « dynamique » alors que l’on aurait pu penser proposer à l’élève des questions d’une difficulté supérieure tant que celui-ci répond correctement, à suivre dans les années à venir.
Nouveauté également pour l’année de seconde, 54h dans l’année sont exclusivement dédiées à l’orientation et à l’accompagnement. C’est vraiment intéressant de consacrer autant d’heures à la construction de leur projet d’avenir, mais des échos que j’en ai eus, la totalité de ces heures n’ont malheureusement pas eu lieu dans tous les lycées. Pour aider les élèves à choisir leurs spécialités, les lycées ont souvent proposé en dehors des heures de cours, pour les élèves qui le souhaitaient, des présentations de ces spécialités.  J’espère que dans le futur, l’emploi du temps des élèves inclura spécifiquement des heures dédiées  à l’orientation et au choix des options pour l’année de première, afin que chaque élève reçoive toutes les informations utiles et nécessaires pour choisir ses spécialités. On pourrait imaginer par exemple, des initiations à chaque enseignement de spécialité afin que l’élève puisse avoir une idée plus concrète de ce qui se cache derrière chaque intitulé.
Au cours de l’année de seconde, l’élève doit donc choisir 3 enseignements de spécialité pour son année de première s’il poursuit son lycée en première générale. Ce choix se fait en deux étapes : au second trimestre sélection de 4 à 5 options puis sélection des 3 options parmi ces dernières au troisième trimestre. Pour les voix technologiques, l’organisation actuelle sous forme de séries est conservée, et comporte un socle commun ainsi que 3 options en première puis 2 en terminale, définies en fonction de la série choisie.

En première et en terminale, on retrouve également les 54h par année dédiées à l’orientation et à l’accompagnement. J’espère que celles-ci seront dispensées et qu’elles permettront de proposer aux lycéens les différents parcours qui s’offrent à eux en fonction des enseignements de spécialité qu’ils ont choisis selon leurs affinités avec les matières.

Concernant les épreuves du nouveau BAC, il y a également un réel changement. Le mot « bachotage » ne va bientôt plus avoir de sens puisque le contrôle continu va compter pour 40% de la note finale. Les bulletins de notes de première et de terminale comptent alors pour 10% de ce contrôle continu, et 30% correspondent à 2 sessions en première et 1 session en terminale d’épreuves communes qui concernent les disciplines non évaluées lors de l’épreuve finale et la discipline de spécialité non poursuivie en terminale. Les sujets de ces épreuves communes sont issus d’une banque de sujets nationale et seront corrigés tout comme l’était le BAC de manière anonyme. J’espère seulement que ces copies ne seront pas corrigées par les professeurs du lycée des élèves mais que comme pour le BAC elles seront envoyées à l’extérieur.
Les 60% restants concernent bien des épreuves comme on les connaissait avant avec toujours en première l’épreuve anticipée de Français en fin d’année composée d’un oral et d’un écrit qui sera coefficient 10. En fin d’année de terminale, il restera 4 épreuves là où l’ancien BAC en comportait le double voir plus : les deux enseignements de spécialité qui seront coefficient 16 chacun, l’épreuve de philosophie qui est conservée avec un coefficient 8 et un « grand oral » de 20 minutes coefficient 10 qui sera un projet préparé dès la classe de première.
Ce que je comprends c’est que l’on va arrêter de noter les élèves sur une semaine de leur vie, mais plutôt sur leur implication tout au long de leur scolarité. Je trouve que cela est un changement très audacieux et plutôt positif car cela permet d’avoir une réelle idée du niveau de l’élève et de sa motivation là où auparavant un élève pouvait se la couler douce pendant 2 ans et bachoter à la dernière minute. On sait très bien que le bachotage 15 jours avant les examens ne permet pas un apprentissage des notions qui dure dans le temps, et prépare encore moins à la poursuite d’études.

Ce que j’en pense ?

Ce changement est conséquent, mais nécessaire. Je trouve ça vraiment génial d’enfin laisser tomber ce système de filières L, ES, S. Parce qu’au fond comment ça fonctionnait avant ? Les bons élèves allaient en S, les un peu moins bons en ES, et ceux qui étaient vus comme des artistes perdus allaient en L. En tout cas, c’était ainsi que la société souhaitait nous le faire ressentir. On te disait, si tu es bon, choisis la voie royale et va en S, tu pourras tout faire. Le problème est que notre société sacralise l’enseignement scientifique comme s’il était le seul à avoir de la valeur. Alors, j’aimerais que l’on arrête de mettre les scientifiques, dont je fais partie, sur un piédestal. Qu’enfin on reconnaisse qu’il est plus important dans le monde actuel de savoir correctement écrire français, de s’exprimer avec aisance à l’oral, de parler anglais, de connaître l’histoire de notre pays, de l’Europe, mais également du monde entier dans lequel on vit car le socle commun du BAC général doit avant tout donner les bases culturelles nécessaires pour une future vie citoyenne ainsi que pour une future carrière professionnelle.

Ce qui dérange réellement et qui est beaucoup revenu sur les forums d’échanges entre parents est que les mathématiques ne soient plus enseignées dans le tronc commun. A la place, on y trouve un « enseignement scientifique » qui permettra de « familiariser les élèves avec les processus de construction de la vérité scientifique » en d’autres termes de leurs apprendre à avoir une démarche scientifique. A mes yeux, c’est très utile d’apprendre cette méthode de raisonnement, même à des élèves dont leur choix est de continuer vers des études littéraires car cela s’apparente à du « bon sens » utile à tous.
Rassurez-vous, 2/3 des bacheliers de la promo 2021 ont conservé les mathématiques dans leur enseignement de spécialité, et le contenu du programme s’annonce plutôt corsé. En effet, le niveau de mathématiques va au contraire augmenter, ce qui est à mon sens bien venu car le gap de niveau actuel entre la terminale S et une classe préparatoire scientifique est immense. Juste derrière les mathématiques, la physique-chimie a été choisie par 43,5% des élèves et les Sciences de la Vie et de la Terre par 42,2%. Beaucoup d’élèves ont donc pour le moment tenté de reconstruire un BAC S. Avec le temps, il est possible que ce besoin de se rattacher à la filière S s’estompe, et que l’on puisse enfin tenter des BAC un peu plus exotiques, et finalement peut-être plus complets avec par exemple une combinaison Physique-Chimie, SES, Littérature et culture étrangère ?

Je ne pense pas qu’il y ait de mauvaises combinaisons d’options, je pense surtout qu’il est important de se renseigner sur le contenu de ces enseignements de spécialité afin d’être le mieux armé face à ces choix. Mais il faut surtout le voir comme une chance, une possibilité de choisir non pas entre trois filières mais parmi une multitude de combinaisons possibles. Ce qui est positif c’est que finalement, près d’un élève sur deux a choisi une combinaison s’éloignant des filières générales L, ES, S, et c’est déjà un grand pas puisque cela signifie qu’un élève sur deux, au moins, s’est réellement interrogé sur ce qu’il aime apprendre. Le fait de choisir ces enseignements de spécialité dès la seconde, soit à l’âge de 15 ans en moyenne, affole bien des parents d’élèves qui trouvent cela beaucoup trop tôt pour décider de l’avenir de leur enfant. Alors j’aimerais comprendre en quoi choisir 3 spécialités d’enseignement est plus contraignant que de choisir une série. D’autant plus que désormais on peut faire un BAC « à la carte », c’est bien l’objectif de la réforme, et donc finalement se laisser le maximum de portes ouvertes en choisissant des enseignements à la fois littéraires et scientifiques permettant ainsi une formation moins connotée littéraire ou scientifique pur.

Ce qui m’inquiète c’est surtout que tous les lycées ne soient pas en mesure de proposer toutes les options et que donc on se retrouve finalement de nouveau avec une filière scientifique élitiste. Par ailleurs, je serai intéressée de voir s’il est toujours possible de passer le BAC en candidat libre car la présence du contrôle continu semble bloquer cette possibilité. Et ce grand oral m’intrigue, j’espère qu’il permettra d’évaluer les élèves sur leur capacité à communiquer, à s’exprimer car il est évident que ce type d’épreuve orale manquait à l’ancien BAC. Aujourd’hui, dans quasi toutes les professions il est important de savoir s’exprimer en public. Or, même parmi des ingénieurs, et j’en parle par expérience, rares sont ceux qui ne rencontrent pas de difficultés lors de cet exercice. Enfin, j’espère que les professeurs auront reçu les formations nécessaires afin de préparer au mieux l’arrivée de cette réforme. De nouvelles matières, de nouveaux programmes, une nouvelle façon de fonctionner, il est important que les professeurs soient accompagnés dans ce changement.

Pour ma part, je suis donc plutôt enthousiaste à l’idée de cette réforme, certes il y a encore du travail mais on se dirige vers quelque chose de plus adapté au monde actuel et c’est vraiment encourageant. 🙂

Si vous souhaitez en savoir plus, voici quelques liens utiles qui m’ont bien aidée dans mes recherches :
Le site de l’éducation nationale,
Le site de l’ONISEP,
La brochure résumant le contenu du nouveau BAC,
Le site de l’étudiant : Celui-ci propose une simulation des spécialités à choisir en fonction des études que l’on souhaite poursuivre. Pour ma part je trouve que c’est prendre le problème à l’envers et je conseillerai plutôt de choisir ses spécialités selon ses goûts et d’utiliser l’outil plutôt à titre indicatif des poursuites d’études en lien avec les spécialités choisies,
– Les chiffres concernant les choix des enseignements de spécialités que j’ai cités précédemment sont issus d’un article publié par le CIDJ.

J’espère que cet article carrément dans le thème de la rentrée aura pu vous éclairer concernant le BAC 2021,
N’hésitez pas à échanger vos points de vue sur cette réforme,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s