Les « boites de prestation »

Un collègue au sein de mon entreprise m’a confié cette semaine qu’il avait d’ores et déjà, à 29 ans, renoncé à être placé sur un projet dont le contenu le passionne. Selon lui, ce n’est pas le travail qui doit permettre d’atteindre une satisfaction personnelle. Il pense que c’est une quête vaine et que la seule chose que l’on puisse faire c’est chercher à tirer parti au mieux de chaque expérience : acquérir de nouvelles compétences, apprendre à travailler avec différentes personnes, avec de nouvelles méthodes etc.

Je me suis dit qu’il y avait réellement un gap entre sa façon de penser et la mienne, jeune femme de 24 ans plus que déterminée à trouver un job dans lequel elle puisse pleinement s’épanouir. Je ne sais pas dire quelle est l’origine de cet écart de vision, mais il n’a pas cherché à comprendre la mienne et s’est contenté d’essayer de m’expliquer que ma vision était mauvaise.
Alors qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise vision, il y a des visions, des envies, des objectifs de vie et les moyens que l’on met en place pour les atteindre. Je ne pense pas qu’il soit vain de chercher un job qui nous passionne. Ce que j’attends de mon job c’est du challenge, une équipe sur laquelle je pourrai compter, travailler dans un domaine qui me passionne, avoir un salaire à la hauteur et obtenir la reconnaissance de ma hiérarchie. Et bien au 21ème siècle il est très difficile de cocher toutes ces cases car finalement même lorsque l’on pense faire de son mieux, que l’on se donne à fond, au lieu de recevoir de la gratitude, de la reconnaissance ou j’oserais même imaginer à une augmentation ou une récompense liée à la performance individuelle, on nous dit qu’il ne fallait pas se fatiguer à en faire autant. On nous répond que c’était de « l’overkill ».

C’est pourquoi aujourd’hui j’ai décidé « d’arrêter d’en faire autant ». Être force de proposition, proposer sans cesse des voies d’amélioration, faire des horaires de plus en plus conséquents m’a menée à une situation où j’ai eu la sensation d’être la seule à me soucier du bon avancement du projet. Mais quand tu débarques sur une mission, tu as envie de faire tes preuves, tu donnes tout ce que tu as, mais au final le monde est fait de requins qui n’en ont rien à faire que ça soit toi qui ait tout fait tant que c’est fait. Tu as accompli 90% du travail de l’équipe sur la semaine ? Et bien je t’annonce que tu n’auras pas 90% du salaire de l’équipe, ni 90% de la reconnaissance de la hiérarchie.

Je suis actuellement dans une boîte dite de prestation. Quand j’étais encore en école je ne connaissais pas ces entreprises. Je pensais que l’on était toujours directement embauché dans la société dans laquelle on travaille, alors qu’au final nombreux sont les jeunes ingénieurs qui débutent par ces entreprises. Se faire une place directement « en interne » c’est à dire sans passer par une boîte de prestation c’est très rare.
Mais qu’est-ce qu’une boite de prestation ? Ce sont d’un côté pour la plupart des jeunes ingénieurs et de l’autre ce que l’on appelle des commerciaux. Les jeunes ingénieurs, maternés pendant leur cursus en école, se laissent souvent facilement approcher par les commerciaux via les sites du type Linkedin, Indeed, CadreEmploi… Ils sont flattés que l’on vienne les chercher pour travailler, alors la plupart ne prennent même pas le temps de chercher à postuler ailleurs et signent avec la première boite de prestation qui s’est manifestée. Ils sont embauchés dès leur sortie d’école en CDI, c’est déjà un point positif en comparaison avec les CDD proposés par les grands groupes. Ils sont alors placés par les commerciaux dans des missions chez les clients de la société de prestation pour une durée pouvant varier de 6 mois à 3 ans, et une durée supérieure n’est aujourd’hui plus autorisée par la législation puisqu’au delà de trois ans on considère qu’il ne s’agit plus d’un service de prestation. Entre chaque mission, le consultant est en période « d’intercontrat ». C’est à dire qu’il doit faire acte de présence sur des horaires stricts, au siège social de l’entreprise pendant cette période et doit « s’autoformer » en rendant compte de son activité. Si l’entreprise est sympa, une fois sa nouvelle mission trouvée il peut être dispensé de présence et rester chez lui en attendant sa date de début dans cette dernière.

Il y a des avantages et des inconvénients, honnêtement de manière totalement subjective, je le reconnais aujourd’hui, j’y vois plus d’inconvénients que d’avantages.
J’ai choisi ce schéma en pensant que ça serait un avantage de pouvoir changer de mission facilement, d’avoir quelqu’un à notre écoute pour nous aider dans nos choix de carrière et nous permettre d’avoir accès à des missions que nous n’aurions pas obtenues si nous avions postulé directement. En réalité ce qui compte ce n’est pas ce que toi tu penses de la mission, c’est ce que pense ton manager de ta mission. Je ne pensais pas faire partie de la masse, j’avais pris le temps de me renseigner, de passer des entretiens dans pas moins de 15 boites de prestation différentes sur Paris – il n’y a pas vraiment de suspens à l’issue d’un entretien dans ce type de boite, s’ils te contactent ils t’embaucheront – mais j’ai quand même fini par en choisir une pour plusieurs raisons :

  • J’étais ingénieure en matériaux et mécanique et je souhaitais me former sur les métiers de l’ingénierie informatique parce que je reste convaincue que cela me permettra d’approcher le milieu de l’entrepreneuriat où ces compétences sont plus qu’appréciées, la société que j’ai choisie proposait donc d’entrée de jeu une formation en informatique de deux mois,
  • De plus, lors de ma première expérience j’avais eu un réel manque d’écoute de la part de mon manager et je pensais qu’avoir un commercial me permettrait d’avoir quelqu’un pour me guider dans mes choix de carrière,
  • Et enfin, je signais un CDI et je savais qu’obtenir ce statut social me permettrait d’une part d’avoir accès à un prêt si je souhaitais me lancer dans l’achat d’un appartement et d’autre part cela rassurerait mes parents.

Dans les faits, si je fais le point, cela fait maintenant un an que je travaille au sein de la même société de prestation et le rôle de « prestataire » ne me convient pas.

Premier point qui ne va étonner personne, en choisissant de quitter un grand groupe pour intégrer une société de prestation j’ai dû accepter une baisse de salaire d’environ 10%. Alors j’ai essayé de négocier, mais dans les sociétés de prestation tout comme dans les grands groupes, les grilles de salaire sont fixes en fonction de l’école. J’ai également fait d’autres concessions, j’ai désormais 40 minutes de transport matin et soir pour aller au travail là où avant j’avais 20 minutes. Je n’ai plus de cantine ni de salle de sport. Mais tout ça, honnêtement, pour un « job passionnant » j’étais prête à tirer un trait sur ces avantages. Seulement aujourd’hui, mon job intéressant à mes débuts n’est plus autant « passionnant », j’ai la sensation d’avoir fait le tour.

La première chose à comprendre lorsque tu es prestataire est que tu es remplaçable. Demain, ou plus exactement sous deux semaines, la société client peut demander à la société de prestation de te sortir de mission. Alors on voit beaucoup de gens arriver, beaucoup de gens partir. Les seuls qui restent ce sont les internes c’est-à-dire les managers. La connaissance, souvent trop possédée par les externes se perd alors d’année en année. La formation des nouveaux embauchés est absente. Et pour ma personnalité il a été difficile d’accepter « tout ça ». Le prestataire ne fait pas partie de la société client : il ne doit pas s’attacher plus que les internes au bon avancement du projet et encore moins devenir le seul à posséder la connaissance car cela est mauvais tout autant pour lui que pour la société client. Ce qui finit dans cette situation par se produire est que le prestataire se voit confier des missions qui ne sont plus de la prestation car elles incluent une responsabilité et la société client peut se retrouver handicapée au départ de ce prestataire.

Si vous avez parcouru mon profil psychologique disponible dans la page des coachings en orientation, alors vous savez que contre mon gré je suis une leadeuse naturelle et qu’il m’est très difficile de ne pas prendre « trop de place » au sein d’un projet. Alors pour tous ceux qui sont ou seront amenés à travailler en boite de prestation je vais vous partager quelques petits conseils que j’ai appris pendant cette année :

  • Les paroles s’envolent mais les écrits restent. Tout ce qui est écrit constitue une preuve, mais tout ce qui est oral est improuvable. Il est important de ne pas hésiter à signaler à son manager et sa commerciale, par écrit, les problèmes que l’on peut rencontrer.
  • Ne jamais prendre de responsabilité sans ordre écrit de son responsable.
  • Sauvegarder ses mails, régulièrement, tous les jours, encore une fois pour se protéger.
  • N’avoir qu’une confiance limitée en ses collègues.

Pour ma part cela a été très dur à accepter, aujourd’hui je sais que je dois changer d’air, faire autre chose, d’autant plus avec cette sensation « d’avoir fait le tour ». Alors actuellement je fais de mon mieux pour me donner les moyens de voir autre chose, et d’enfin trouver un job qui me passionne.

Si vous avez vous aussi une expérience en boite de prestation ou si cet article vous a « passionné » n’hésitez pas à échanger dans les commentaires,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

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