Qu’est-ce que la réussite ?

C’est un concept qui est aujourd’hui beaucoup trop souvent associé au prestige. Mes parents pensent que j’ai « réussi dans la vie » parce que j’ai eu mon diplôme d’ingénieur et un CDI à 22 ans. Et moi, depuis que j’ai atteint ce but ultime aux yeux de mes parents, je commence enfin à me poser les bonnes questions.
Jusque là ce qui m’inquiétait le plus était qu’ils soient fiers de moi. Aujourd’hui, je souhaite juste être heureuse, et mon bonheur même s’il est dépendant du leur, résulte avant tout de mon quotidien.
Aujourd’hui, j’ai 24 ans, j’ai tenu 2 ans en tant qu’employée, et j’ai décidé que c’était fini. J’ai essayé de me battre, je me suis vraiment donnée, mais je m’ennuie, ça ne va pas assez vite, il y a trop de process, je suis fatiguée mentalement de cet état d’inertie.

« Tu ne peux pas avoir mon intelligence et ma soumission »

Cette phrase vient des podcasts de l’Ascenseur corpo. Elle énonce une vérité que les entreprises d’aujourd’hui n’ont pas comprise : si tu souhaites être en mesure d’encadrer des ingénieurs avec une certaine « ingéniosité », il est nécessaire de leurs laisser cette marge de manœuvre afin qu’ils puissent exposer leur vision.
Aujourd’hui, on ne nous laisse pas la place pour nous exprimer, on ne nous demande que d’exécuter. Cela rejoint mon article dans lequel je dénonce l’émergence d’un nouveau statut que j’appelle « technicien de luxe ». Ce n’est pas péjoratif, c’est uniquement une façon de qualifier les ingénieurs ayant un poste de techniciens avec un salaire de cadre.
Alors heureusement pour moi, en parallèle de mes deux premières expériences j’ai continué à apprendre plein de choses passionnantes. Je suis devenue coach de volley-ball, développeuse en informatique en partant d’un cursus d’ingénieur en matériaux, et même actuellement entrepreneuse. Je suis ce que l’on peut appelée une « slasheuse ».
Pourquoi je suis devenue tout ça à la fois ? Tout simplement parce que je ne me vois pas du tout avoir une carrière toute tracée et faire le même job jusqu’à ma retraite. Et je pense vraiment que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir cette envie de non-linéarité. Je n’ai pas de plan de carrière prédéfini, j’essaye juste de suivre mes passions du moment, de saisir les opportunités qui se présentent à moi, tout en essayant d’apprendre chaque jour de nouvelles choses.
Dans le monde du travail actuel, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Les compétences que tu devras utiliser dans ton job dans 20 ans n’existent peut-être même pas encore aujourd’hui !
Quand on y pense, il y a 20 ans, Instagram, Linkedin, WordPress, n’étaient pas encore nés, c’était déjà très bien de savoir utiliser Word et Excel. Alors c’est très difficile pour les écoles de former sur des technologies parce qu’au fond ça évolue trop vite…

La clé réside donc bien dans le fait d’être capable de s’adapter, de rester à l’affût des nouveautés et donc d’être capable de s’auto-former tout au long de sa vie. La meilleure école aujourd’hui ce n’est donc pas celle qui va t’apprendre à utiliser le dernier framework à la mode qui sera has-been d’ici quelques mois, mais plutôt celle qui va t’apprendre l’autonomie, l’auto-apprentissage et t’inculquer des méthodes te permettant au mieux d’évoluer tout au long de ta vie. 
Aujourd’hui en France, les chiffres sont clairs, 54 % des Français se disent démotivés et désengagés au travail. Comment peut-on observer cela sans souhaiter faire changer les choses alors que nous savons pertinemment que la clé de la productivité reste la motivation des employés ?

« En quoi consiste l’aliénation du travail ?

D’abord dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans le travail, celui-ci ne s’affirme pas, mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit.
En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de lui-même qu’en dehors du travail, et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n’est donc pas volontaire, mais contraint : c’est du travail forcé. Il n’est pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l’homme s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l’ouvrier du travail apparaît dans le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre qu’il ne lui appartient pas lui-même mais appartient à un autre… L’activité de l’ouvrier n’est pas son activité propre. Elle appartient à un autre. elle est la perte de soi-même ».

Marx, Manuscrits de 1844.


Karl Marx, dès 1844 avait conscience qu’il était nécessaire qu’un ouvrier se reconnaisse dans son travail.
De mon point de vue, le monde de l’entreprise actuel est en train de vivre une véritable transition. On voit deux catégories d’entreprises se différencier : les grands groupes VS les startups avec le mode « Google ». 
Les grands groupes sont toujours bloqués avec une mentalité d’aliénation du travail. Quand on interroge leurs employés, on réalise que leur travail est avant tout alimentaire. Ils aimeraient bien faire autre chose mais ils ont actuellement une situation qui leurs permet de gagner un salaire confortable sans faire des horaires excessifs, ils ont même parfois gagné une journée de télétravail dans la semaine : ils s’en contentent. Mon papa me dit souvent « La grenouille dans la rivière, ne connaît pas l’océan » et je pense que c’est la plus belle citation qui permet d’illustrer cette image : les employés des grands groupes ne réalisent pas les conditions de travail auxquelles ils pourraient accéder dans de plus petites structures.
Le mode « startup » ce n’est pas, comme les gens le croient, chercher à faire bosser les employés le plus de temps possible. C’est avant tout leurs permettre d’avoir un réel impact dans l’entreprise, les impliquer à 200%. Et cela passe par des open-spaces décorés avec du mobilier approprié pour favoriser la créativité, une prise en compte de la vie privée des salariés et de leurs contraintes, une confiance en eux pour leurs permettre de s’auto-gérer. 
Un ami m’a fait une magnifique métaphore : je lui expliquais que j’étais incapable de ne pas être à 200% engagée dans mon travail sinon je ne parviens pas à mettre suffisamment de bonne volonté et ma productivité chute drastiquement. Il m’a dit que c’était normal, que c’est exactement comme si on te demande de faire du lèche-vitrine, mais qu’à aucun moment tu n’as le droit de rentrer dans la boutique pour toucher, essayer les vêtements.
Et bien moi je vis mon job exactement de la même façon : si tu ne m’impliques pas à 200% dans ton processus de création alors je ne serais pas en mesure de donner le meilleur de moi-même. Encore une fois, « tu ne peux pas avoir mon intelligence et ma soumission ».
Les grands groupes, faute de changement et d’innovation, vont donc je le crois perdre en popularité dans les années à venir. Je pense que nous sommes réellement sur le point d’observer une « révolution » du monde du travail. Et j’espère que face à tous ces changements, les écoles sauront évoluer et s’adapter.

Je vous laisse me donner vos points de vue dans les commentaires,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Un commentaire sur « Qu’est-ce que la réussite ? »

  1. Article très intéressant, sur le fond comme sur la forme. Je suis complètement d’accord avec la première citation  » tu ne peux pas avoir mon intelligence et ma soumission, c’est malheureusement trop souvent le cas : en particulier chez les managers de l’arrière garde, persuadé ET certain de leurs compétences et ne considérant les salariés que comme leur exécutant, autrement dit, fait ce que je te dit, de toute façon c’est comme ça que ça marche… a vomir ..
    Cependant, je nuancerai d’avantage sur l’aliénation au travail. Par expérience j’ai été dans de très petites structures avec un management digne d’un Big 4 ( citation intelligence et soumission). Ces expériences, bénéfiques, mais usante m’ont donné envie d’essayer les gros groupes, justement pour apprendre les process existant et , une fois les avoirs acquis, pouvoir monté ma propre boite en utilisant les connaissances transverses que j’aurais acquises. De plus les process, même bêtes et méchants peuvent avoir du bon dans la rigueur, du moins pour les primo salariés, ce qui est encore mon cas.

    Mon école a justement été comme tu le décris, une école où l’on nous apprend plus l’expérience de la formation continue, plutot que d’appliquer une manière de faire. L’esprit de l’école, peut importe le manière pourvu qu’il y est le résultat, ce qui me convient complètement, mais j’ai eu des camarades en difficultés à cause de cela. Il avaient besoin qu’on leur explique comment faire pour reproduire le même résultat.

    Plus que l’ambivalence entre l’ancienne garde et la nouvelle, je nuancerai encore sur la spécificité de chaque individu, et sur leur résistance au changement.

    Merci Claire !

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