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Cette semaine a eu lieu au sein de mon entreprise un séminaire dont la thématique était le changement, « Et si on pensait autrement ? ». Durant toute une matinée, l’ensemble du département, soit une centaine de personnes – dont seulement une dizaine de femmes, informatique oblige ! – a été encadrée par des professionnels du théâtre. De prime abord, j’ai été très sceptique lorsque j’ai reçu l’invitation dans mon agenda Outlook. A la lecture de la description de l’événement, je me suis tout d’abord demandé si mon manager allait me laisser y participer durant toute une matinée. Au prix où nous sommes payés, la question est légitime. J’ai ensuite été très étonnée que cet événement ne soit pas réservé aux internes. Ils ont réussi à débloquer du budget pour convier les externes à cet événement ? Finalement, une communication du responsable du département nous a expliqué que notre présence était obligatoire. Nous avions eu très peu d’informations sur le contenu de cette matinée, j’avais appris en off que nous allions faire du théâtre mais je ne comprenais pas bien l’objectif de cet événement.

A notre arrivée, comme promis, un buffet petit déjeuner nous attendait. L’ambiance était détendue et conviviale. Nous avons chacun reçu un bracelet de couleur afin de nous diviser en quatre équipes. Nous avons ensuite été invités à rejoindre un amphithéâtre dans lequel il nous a été présenté le planning de la matinée ainsi que les quatre sujets que nous allions aborder. J’ai été heureuse d’apprendre que je faisais partie de l’équipe bleue, l’équipe de la communication. Les autres équipes ont abordé les thématiques de la gestion de projet, des processus de livraison et du partage de la connaissance. Le premier exercice, que nous avons fait tous ensemble, fut un exercice de théâtre visant à nous aider à nous détendre, à nous exprimer, à crier, un jeu appelé le samouraï. J’ai été réellement étonnée que déjà à ce stade tout le monde accepte de se prêter au jeu, et certains m’ont surprise par leur aisance, et d’autres par leur timidité. D’ailleurs, un manager, que je côtoie souvent, qui passe son temps à faire des blagues dans l’open-space a par exemple eu énormément de mal dès ce premier jeu, ce qui m’a fortement déconcertée. Le second jeu a consisté à chacun notre tour, sans pause, laisser un message de 15 secondes sur un répondeur imaginaire exprimant une émotion forte. Je suis restée dans ma zone de confort, et j’ai exprimé une émotion que je connais très bien, le stress. J’ai laissé un message sur le répondeur de mon manager en lui annonçant que toute l’équipe avait démissionné et que je me retrouvais seule avec deux incidents de production à gérer, honnêtement je crois que j’ai réussi à faire ressentir cette émotion puisque moi-même à la fin de mon temps de parole, j’avais presque les larmes aux yeux. Cette fois-ci encore, certains de mes collègues m’ont impressionnée. La plupart d’entre eux, tout comme moi ont choisi des émotions négatives comme la peur, le stress, la tristesse. Je crois même qu’une seule personne a choisi la joie, et le connaissant bien, ce choix ne m’a pas étonnée venant de lui et son improvisation a été incroyable.

Après ce petit jeu, le débat « sérieux » a été ouvert. Les jeux précédents ont permis de délier les langues et nous avons pu réellement tous nous exprimer suite à cela. La communication dans le milieu de l’entreprise n’est pas une chose aisée. Nous sommes dans des locaux en « flex-office » c’est-à-dire que nous n’avons pas de bureau fixe, seulement un casier et le matin lorsque nous arrivons nous pouvons nous placer où nous le souhaitons. Cependant depuis la mise en place de ce flex-office, des quartiers se sont dessinés, où les équipes s’installent souvent ensemble et me concernant, je suis à la même place depuis le début et je n’en ai pas bougé. Dans ces « open-space » d’une dizaine de personnes, nous sommes donc souvent dans un environnement de travail très bruyant, entre les conversations téléphoniques, les discussions entre collègues, les réunions improvisées autour d’un même poste de travail, le calme et le silence sont difficiles à maintenir. J’ai la chance de pouvoir très facilement me concentrer lorsque j’écoute de la musique ou des podcasts, donc quand je suis sur une tâche de fond tel que du développement, alors je mets mes écouteurs et je me concentre quelques heures afin de m’isoler dans ma bulle. Mes collègues comprennent le message et savent que ce n’est pas le moment pour me déranger. Cependant, je sais que je suis également très bruyante, lorsque par exemple nous avons un incident de production, les échanges au sein de l’équipe pour aider à la résolution de l’incident sont nécessaires et peuvent déranger les collègues de l’open-space qui ne sont pas de notre équipe.
Est ensuite venue la question du « râlage ». Nous avons tous parmi nos collègues cette personne qui râle tout le temps. Quels que soit la météo, le jour de la semaine ou de l’année, cette personne trouvera un moyen de râler parce qu’elle est une râleuse chronique. Il y a quelques mois lors d’une campagne CHO (Chief Happiness Officer – Responsable ponctuel du bien-être au travail), nous avons eu interdiction de râler pendant une semaine. Pour chaque action de « râlage », nous avions un tableau où nous reportions nos actions les faits, et à la fin de la semaine, en fonction du nombre d’occurrences, nous devions faire un don en conséquence à une association caritative. L’idée était bonne, sur le fond, les râleurs chroniques c’est fatiguant dans les open-space, et cela a tendance à la fin de la journée à avoir pesé sur le moral de ses collègues. On préfère tous avoir des collègues qui sourient et sont heureux dans leur travail, parce que oui le bien-être au travail ça ne doit pas seulement être à la télé. Mais, dans le fond, les quelques fois où j’ai râlé je n’ai pas trouvé ça juste que ce soit relevé car je jugeais que je ne râlais pas pour rien ! Râler, par exemple, sur une problématique d’organisation cela peut aboutir à quelque chose de constructif. Seulement il est vrai que « râler » n’est pas forcément la chose la plus constructive à faire, mais c’est facile. Tandis que demander à son manager un entretien pour soulever une réelle problématique et chercher une solution ensemble c’est beaucoup plus compliqué, d’autant plus lorsque l’on est externe et que l’on remet en cause des process internes.
Une fois toutes ces idées échangées, nous avons choisi de faire devant les autres équipes une improvisation d’une scène de « râlage » en open-space qui se termine par l’arrivée du manager qui permet d’ouvrir le débat avec le râleur. Cette scène a atteint son objectif puisqu’elle a fait rire l’assemblée et nous avons réussi à faire passer notre message. Les scènes d’improvisation réalisées par les autres équipes ont également été très intéressantes et ont soulevé d’autres problématiques comme la surcharge de travail qui pèse sur certaines personnes, l’absence d’écoute en réunion où chacun est soit sur son ordinateur soit sur son téléphone, les plannings de livraison qui changent jusqu’à la dernière minute et qui mènent à une mise en production que l’on qualifie de « quick and dirty », l’absence de documentation pour former les nouveaux embauchés. Toutes ces thématiques ont finalement ouvert des débats et nous ont également ouvert les yeux sur le fait que l’on gagnerait à travailler avec les autres équipes car toutes les applications rencontrent les mêmes problématiques et réfléchir à des process communs pour améliorer notre productivité et notre efficacité au quotidien serait très bénéfique.
Des ateliers de travail sur les thématiques de l’agilité (méthode de gestion de projet qui vise à faciliter le dialogue avec le client pour converger plus rapidement vers le produit final), de la gestion de la connaissance et du DevOps (Pratique technique de l’ingénierie informatique) ont été présentés à l’issue de cette matinée auquel chacun est libre de venir participer. Pour ma part, je pense y participer à l’avenir car j’ai trouvé le travail de l’équipe en charge de l’organisation de ce séminaire impressionnant. Je crois désormais que le changement est possible dans cette entreprise, je ne sais pas si je souhaite en faire partie du fait de mes projets parallèles, mais je leur souhaite de réussir.

Durant la pause déjeuner qui a suivi cette matinée, les débats ont continué à fuser, preuve de l’impact que ces échanges ont provoqué et de l’urgence de ce changement. Nous avons également été flattés en tant qu’équipe d’apprendre que les autres applications étaient très curieuses de connaître nos secrets concernant notre nouvelle organisation, nos nouveaux process que nous avons mis en place depuis 6 mois. Alors même si parfois je rentre le soir en me sentant totalement désemparée face à la multitude de changements qui restent à être mis en place et face à la montagne de travail qui nous attend à très court terme, je réalise que finalement par rapport aux autres équipes nous sommes enviés par notre croissance actuelle.
Ce changement, je sais que j’y ai fortement contribué à titre individuel, tandis que précédemment j’abordais la problématique du manque de reconnaissance par la hiérarchie, finalement cela fait du bien de savoir que les autres équipes, elles, ont conscience de ce que chacun a permis d’apporter dans chaque équipe.

Etant donné la période que je traverse actuellement où j’ai un fort besoin de changement, une envie de bouger, ce séminaire m’a redonné de l’espoir et peut-être m’aidera-t-il à supporter quelques mois de plus la charge mentale de mon poste. Je vais tenter une nouvelle fois d’ouvrir le dialogue avec mon manager, et j’espère que cette fois-ci il me proposera des solutions à la hauteur des problèmes d’organisation que je remonte depuis plusieurs mois et qu’enfin il réussira à écouter ce que je ne cesse de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Je serais curieuse de connaître les méthodes qui sont appliquées au sein d’autres entreprises permettant de délier les langues,
Dans l’attente de vous lire,
Claire