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Lettre ouverte à mon manager

Lettre ouverte à mon manager

« Cher manager,

Je tiens d’abord à te rappeler que l’on t’a attribué ce titre, simplement parce qu’il est beaucoup plus chic que celui de « responsable d’équipe ». Mais au fond, c’est la même chose.
Homme d’une trentaine d’années environ, tu es arrivé à ce poste très récemment, mais toi-même tu ne sais pas vraiment pourquoi ni comment. Ingénieur issu d’une grande école telle que l’X ou les mines, tes connaissances techniques sont reconnues dans le monde entier. Tu sais faire voler un avion, calculer toutes sortes d’intégrales et connais toutes les règles de la physique quantique. C’est donc tout naturellement que tu as été promu manager, ou que tu as parfois même été embauché en tant que tel dès ton premier poste. Il est certain que la physique quantique est un des domaines les plus à même d’expliquer comment manager une équipe.

Du jour au lendemain, on t’a demandé d’encadrer jusqu’à 20 personnes, d’élaborer des plannings, de gérer des budgets, mais tu es bien sûr parvenu à tout maîtriser très rapidement puisque la physique quantique était là pour t’aider.
Bien sûr, tu es également responsable de recruter les ressources de ton équipe. Que tu sois dans une entreprise pratiquant le recrutement en interne ou préférant passer par des sociétés de prestation, tu as su facilement déceler les forts potentiels et faire les bons choix. D’ailleurs, tu n’as souvent même pas eu besoin de faire passer plusieurs entretiens puisque le premier candidat a souvent été le bon. Mener un entretien d’embauche tu sais faire, bien sûr la physique quantique est toujours là en cas de doute.
Dans ce métier après tout, et les grands groupes l’ont bien compris, nul besoin de compétences humaines. Le recrutement se fait sur le classement de l’école – tout le monde sait que recruter un ingénieur issu des Arts et Métiers sera forcément un bon choix – et également en fonction du budget attribué au recrutement. Et finalement, comme le salaire suit un barème lié à l’école dont est issu le candidat, on tourne en rond et on recrute en fonction de l’école.

En ce qui concerne le contact humain, il est certain que tu possèdes toutes les qualités requises d’un manager d’un grand groupe de 2019 : tu sais rappeler à tes ressources quand la pause café est trop longue ou qu’ils partent trop tôt le soir. Par ces remarques, tu obtiens ainsi la productivité optimale de ton équipe.

Finalement, tu vas continuer ta carrière tranquillement, grimper doucement les échelons et tu atteindras un salaire à la hauteur de ton niveau d’ici quelques années.
Pour le futur, je te souhaite toute la réussite que tu mérites. 
Mais s’il te plait évite le burn out, ça fait mal à l’intéressement du groupe.

Cordialement,
Une jeune recrue. »

J’ai d’abord pensé publier cette lettre seule, et puis j’ai eu peur que le message que je souhaitais faire passer ne soit pas le bon. C’est pourquoi j’ai ajouté ces quelques lignes. Ce que je cherche à dénoncer par cet écrit, c’est avant tout les méthodes de recrutement des grands groupes français. Certains nous font passer des tests de personnalité qui ne sont finalement pas exploités. Certains embauchent uniquement en fonction du budget qui leur est attribué. A aucun moment, il n’y a de réelle réflexion sur la personnalité de la recrue, de sa motivation, de ses ambitions. Après tout, on nous appelle « ressource », nous sommes tous identiques aux yeux du groupe et on gâche nos potentiels.

Chaque candidat, employé est unique et il est dommage que les managers d’aujourd’hui n’aient pas reçu la formation nécessaire pour comprendre les personnalités qui composent leur équipe. Parfois il est même difficile pour eux de communiquer et leur métier est finalement inadapté à ce à quoi ils ont été préparés. Ces managers auraient dans bien des cas dû rester des référents techniques, métiers dans lesquels ils se seraient pleinement épanouis et où leurs potentiels auraient été le mieux exploités.

Ce que je reproche c’est donc ce système de catégories dans lequel nous sommes encrés et malheureusement les RH d’aujourd’hui n’ont pas non plus les leviers nécessaires pour pouvoir faire changer les choses.

N’hésitez pas à partager vos expériences dans les commentaires,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

La théorie des intelligences multiples

La théorie des intelligences multiples

Quand j’étais petite, j’avais une amie qui a été diagnostiquée surdouée. Elle a donc sauté une classe. Je suis née en décembre, elle en janvier, nous avions donc exactement 23 jours d’écart. Mais elle, elle avait sauté une classe, elle était donc meilleure que moi. Afin de sauter cette classe, elle avait consulté un psychologue qui lui avait fait faire un test de QI lui attestant ainsi que celui-ci était plus élevé que la moyenne, et que par conséquent elle pouvait sans problème sauter une classe. Il s’agissait de la moyenne section.
Je ne trouvais pas ça juste. Moi aussi j’aurais voulu être surdouée. Mes parents étaient impressionnés par mon amie, j’aurais vraiment aimé qu’ils soient tout aussi fiers de moi. Mais moi, j’étais née en Décembre donc je ne pouvais pas sauter de classe.

Finalement je réalise aujourd’hui que c’est bien mieux ainsi. Il s’est révélé plus tard que mon amie a effectivement suivi un parcours exemplaire en obtenant un BAC S avec mention Très Bien, suivi par une classe préparatoire puis la prestigieuse école d’ingénieur : Centrale Paris. Je la félicite pour ce parcours remarquable.
Cependant ça valait quoi ce test de QI ? Et bien, pas grand chose à mes yeux aujourd’hui. En effet, je crois en la théorie des intelligences multiples proposée par le professeur Howard Gardner. Sa théorie décrit 7 types d’intelligences auxquelles il en ajoute deux dernières ultérieurement.

  1. L’intelligence linguistique – Comme son nom l’indique il s’agit de l’intelligence liée aux langues. Les écrivains, les poètes, les traducteurs, les orateurs, les avocats et j’en passe, sont des personnes possédant ce type d’intelligence. Celle-ci se caractérise par une capacité à utiliser les mots pour exprimer ses idées ou encore une appétence à l’apprentissage des langues.
  2. L’intelligence logico-mathématique – Comme son nom l’indique également, il s’agit de intelligence liée à l’analyse et à la réflexion méthodique. Celle-ci se caractérise par une facilité à apprendre les mathématiques ou encore à résoudre des problèmes logiques. C’est l’amour des chiffres et du raisonnement.
  3. L’intelligence musicale – Celle-ci est caractérisée par une capacité à apprendre la musique et à en apprécier les subtilités.
  4. L’intelligence spatiale – Celle-ci est caractérisée par une capacité à se rappeler des souvenirs et des images. Elle est très présente chez les artistes. Elle permet par exemple aux peintres de représenter sur leur toile un paysage de montagnes sans qu’ils soient face à elles. Elle permet une représentation mentale du monde qui nous entoure.
  5. L’intelligence kinesthésique – Celle-ci permet d’utiliser son corps avec plus d’habilité. On la retrouve chez les athlètes, les chirurgiens ou encore les artisans. Le cerveau parvient à mentaliser une action et à l’exécuter avec son corps. C’est l’harmonie entre le corps et l’esprit.
  6. L’intelligence interpersonnelle – Cette intelligence est centrée vers l’extérieur et est caractérisée par une capacité à ressentir de l’empathie envers les autres. Cette intelligence permet de se mettre à la place de son prochain. Elle est prépondérante dans les métiers de la pédagogie et de la psychologie. Les personnalités charismatiques ont toutes une intelligence interpersonnelle très élevée.
  7. L’intelligence intrapersonnelle – Cette intelligence est centrée vers l’intérieur. Elle désigne une capacité à se connecter avec soi-même et à comprendre ses besoins profonds. Elle permet de se représenter une image précise de soi et fidèle à celle perçue par les autres. Elle permet de comprendre ses émotions, ses besoins et ses désirs. Elle est souvent désignée par le terme introspection. Les personnes possédant ce type d’intelligence sont souvent qualifiées comme égoïstes par leur entourage.
  8. L’intelligence existentielle – Elle est également nommée intelligence spirituelle. Elle désigne l’aptitude à se questionner sur notre raison d’être, le sens et l’origine des choses. Nous la retrouvons chez les plus grands philosophes. 
  9. L’intelligence naturaliste – Elle désigne l’amour de la nature, végétale et animale, et l’aptitude à classer l’observé en différentes catégories : Darwin possédait sans aucun doute ce type d’intelligence. 

L’école actuelle est centrée sur le développement de deux types d’intelligences : L’intelligence linguistique et l’intelligence logico-mathématique. Les tests de QI se basent uniquement sur ces deux types d’intelligence. Morale de l’histoire ? Il est important d’être conscient que l’école ne fait pas tout et que le développement de l’ensemble de ces types d’intelligences est un atout pour comprendre le monde actuel. De mon point de vue, une personne « intelligente » est donc une personne qui est parvenue à développer l’ensemble de ces types d’intelligences puisqu’elles sont complémentaires. Nous possédons tous en nous une combinaison unique des ces types d’intelligences ce qui fait de nous notre unicité.
Finalement, je suis heureuse de ne pas avoir sauté de classe car j’ai pu rester avec mes ami(e)s. Il est important de souligner que sauter une classe peut être traumatisant pour un enfant et donc nuire au développement de son intelligence interpersonnelle. Alors finalement, est-ce que ça vaut le coup ?
Je vous laisse me partager vos expériences sur ce sujet,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Petit papier #2

Petit papier #2

Je fais partie de ces gens que l’injustice révolte. Je ne supporte pas de voir quelqu’un de plus faible se faire marcher dessus. J’ai des opinions bien tranchées et j’ai du mal à imaginer que les autres puissent penser d’une manière différente de la mienne, c’est un de mes pires défauts.

Prendre conscience de ses failles, de ses points d’amélioration, c’est un premier pas vers une meilleure version de soi-même. Je m’applique donc, jour après jour, à comprendre les points de vue de chacun.
Cet exercice est bien plus difficile qu’il n’y parait : il nécessite d’avoir des informations sur la personnalité, la culture, l’éducation, la religion d’autrui afin de pouvoir se placer dans son référentiel et déterminer sa vérité.

La vérité, on me l’a enseignée lors de mes cours de philosophie au lycée, n’est qu’une vision d’une réalité. A une réalité, en fonction du nombre d’individus qui en sont témoin, peuvent être associées plusieurs vérités. A l’époque, j’avais appris la définition par cœur, j’étais une bonne élève quand même, mais je n’avais alors pas le recul nécessaire pour la comprendre.

Je vais essayer de vous éclairer par un exemple qui j’espère sera parlant : vous êtes dans le métro et vous voyez un homme toucher la cuisse d’une femme. Ceci est une simple description de la réalité. Il n’y a pas de jugement apporté à la situation, le bras de l’homme s’est déplacé jusqu’à ce que sa main touche la cuisse de la femme. Pour une seconde femme à votre droite qui observe alors la scène, elle peut penser que cet homme est en train d’harceler sexuellement cette femme. La jeune fille à votre gauche pense elle qu’ils forment un très joli couple.
Ces deux personnes sont alors dans la description de leurs vérités respectives, qui n’est pas forcément la réalité, image mentale qu’ils se sont créée en se référant à leurs expériences et cultures respectives. Finalement, on ne saura jamais la vérité.
Je sens qu’avec cette démonstration bancale je vais alarmer les philosophes qui passent par là, mais disons que pour mon esprit scientifique cet exemple permet une compréhension de l’écart qu’il est important de faire entre vérité et réalité.

Plus jeune, je n’avais pas conscience du pouvoir que peuvent avoir les mots et de toutes les nuances que la langue peut avoir. On peut se retrouver à énoncer une banalité qui finalement va se transformer en un propos haineux. D’où l’importance du choix des mots.

J’ai toujours préféré m’exprimer à l’écrit. Ça peut éviter de dire des bêtises, car on n’a pas besoin de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant d’écrire. Et jusqu’à très récemment, je croyais que j’écrivais la vérité.
Dès que je mens je rougis, en fait, je ne sais pas mentir. Finalement je n’ai toujours écrit que ma vérité. C’est en partageant mes idées que j’ai compris que je n’avais exprimé par mes mots que des situations que j’avais ressenties. Sans tout ce qui m’a construite, ma culture, mon éducation, mes expériences, j’aurais certainement vécu ces situations d’une manière bien différente.

Ce qu’il faut retenir c’est que si les sentiments sont décrits, alors c’est une vérité. Si le texte ne fait que décrire une situation, alors c’est une réalité. Malgré tout, la richesse de la langue rend bien difficile l’écriture de texte, on peut se l’imaginer avec les textes de lois, puisque chacun est libre de les interpréter comme il le souhaite.
Un autre exemple reste les textes sacrés, quelle que soit la religion, on saisit bien qu’ils sont tous interprétables de mille et une façon.

Il n’y a donc pas de vérité universelle, mais des vérités, et chacune d’entre elles est unique. La perception de la réalité de chaque individu en fait son unicité. Cela signifie que sommeille une passion en chacun d’entre nous.
Il ne reste plus qu’à comprendre comment grâce à l’analyse de la personnalité de l’individu, il est possible de la déterminer. Il suffit alors de donner à l’individu les clés nécessaires pour atteindre cette passion pour finalement se réaliser. Quoi de plus simple ?

J’espère que ce petit cours de philosophie hors normes vous aura diverti l’esprit,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Petit papier #1

Petit papier #1

Aujourd’hui j’avais envie de revenir avec quelque chose de beaucoup plus léger. Et puis ensuite j’ai réalisé que c’était compliqué pour moi car j’ai encore tellement de sujets que je souhaite aborder qu’il est difficile pour le moment de m’octroyer le droit d’écrire autre chose. Finalement, je me suis demandé pourquoi j’écris. Dans ma tête ça pense beaucoup trop vite, plus vite que mes doigts ne peuvent écrire, et pourtant je tapote au clavier comme un maestro. Parfois j’en viens à me demander si les autres aussi pensent autant. Parce qu’il n’y a pas une seule journée où je ne me demande pas comment j’en suis arrivée là, qu’est-ce que finalement je veux faire de ma vie, pourquoi je m’obstine dans mon travail actuel qui ne me rend finalement pas si heureuse… Toutes ces questions qui font que dans ma tête, encore une fois, ça va trop vite.

Avec une amie, il y a quelques jours, nous nous sommes demandé si nos vies respectives devaient s’arrêter là, est-ce que l’on serait heureuse de ce que l’on a accompli jusque-là, de la trace que l’on va laisser. De son côté c’était un non catégorique car son travail ne lui plaît pas, qu’elle a encore plein de projets mais pour le moment elle considère qu’elle n’a pas encore « coché » tous ses objectifs. De mon côté, je suis loin d’avoir une vie parfaite, mais je crois pouvoir dire que je suis heureuse actuellement de ce que je suis en train d’en faire. J’ai appris à avoir cette rage pour réussir la plupart des choses que j’entreprends, je ne laisse jamais tomber, je m’obstine comme je l’écrivais précédemment. J’ai la sensation que c’est la qualité que je dois développer afin d’atteindre un objectif plus grand : j’aimerais pouvoir monter mon entreprise et cela avant mes 30 ans. Il me reste 6 ans, j’essaye chaque jour d’apprendre plus de choses pour être la mieux armée possible. Parfois même je me dis mais vas-y fonce lâche-toi un peu, arrête d’écouter ce que la société te dicte et lance ton projet. Puis la réalité me rattrape et je réalise que financièrement ce n’est pas fiable. Honnêtement, j’ai même pensé à retourner chez mes parents pour pouvoir me lancer. Mais au fond j’ai peur de ne pas en être capable, je me dis que pour le moment c’est trop tôt. Et puis je n’ai pas le temps. Le temps c’est la ressource la plus précieuse. Il ne faut pas le perdre. Il faut l’utiliser à bon escient. Mais au final est-ce que je ne perds pas mon temps là où je suis actuellement ?

Et puis après je pense au futur, au fait que j’aimerais fonder une famille, et que du coup le moment de ma vie où je n’ai rien à perdre c’est maintenant et qu’il faut que je me lance sans perdre de temps. Le pour et le contre balancent, mais je ne parviens pas à voir de quel côté la balance penche. J’ai de plus en plus l’impression que j’ai toujours eu la sensation de faire des choix qui finalement n’en étaient pas. J’ai été douée à l’école, j’ai donc fait un BAC S. J’ai été bonne en maths, j’ai donc fait prépa. J’ai réussi la prépa, je suis entrée en école d’ingé. J’ai réussi mon école d’ingé, je bosse dans un grand groupe du CAC 40. A aucun moment je n’ai réellement fait un choix. J’ai été amenée là juste parce que c’était la voie à suivre.

Le libre-arbitre est un concept dont chacun a le droit d’user. Seulement ce n’est pas si simple. La société, notre religion, notre culture, énormément de choses rentrent en contradiction avec cette idée. J’aimerais pouvoir dire que j’ai toujours agi de manière réfléchie et que j’ai toujours fait mes propres choix mais ce n’est pas le cas. Qui d’ailleurs peut le dire ?

Finalement, choisir son chemin est peut-être la chose la plus difficile. Mais ce qui est quand même très cool c’est qu’il y a une multitude de chemins et qu’on l’on peut toujours en changer. Certains choisiront « l’autoroute », la voie la plus rapide mais aussi la plus classique. D’autres, un peu plus aventuriers tenteront des chemins sinueux au risque de s’y perdre. Mais au fond on s’en fiche, si on se perd, on peut toujours retrouver son chemin.
Alors même si tout le monde trouve ça tellement important de choisir SA voie, le plus important reste d’abord de savoir qui l’on est car c’est ça la vraie question. Et une fois que l’on sait qui l’on est alors ok, c’est bon, on peut commencer à chercher ce que l’on souhaite faire dans sa vie, et non pas faire de sa vie.

J’espère que ce petit papier du jour aura su te redonner le sourire, que tu auras entendu sa petite voix te dire mais non tu n’es pas seul(e),

Dans l’attente de te lire,
Claire

Education – Première réflexion

Education – Première réflexion

Je me suis toujours beaucoup intéressée à l’éducation. C’est un domaine qui dans les années à venir, j’en suis persuadée, va être amené à énormément évoluer.

Je suis tombée dedans lorsque j’ai commencé à donner des cours particuliers, de mathématiques et de physique-chimie. Je n’avais pas encore 20 ans, mais déjà sans m’en rendre compte je testais des méthodes pédagogiques sur mes élèves. C’est bien grâce à cette expérience, et grâce aux différents élèves auxquels j’ai pu enseigner, que j’ai compris qu’aujourd’hui l’éducation doit s’adapter à l’élève et non l’inverse.

Quelques années plus tard j’ai rencontré un garçon qui partageait mon point de vue. Il avait déjà en tête de créer sa start-up dans ce domaine. Le sujet me passionnait, je l’appréciais, je me suis retrouvée propulsée au milieu de ce projet. Très rapidement j’ai compris que nous n’allions pas aboutir ensemble. Nos caractères ne fonctionnaient pas. J’ai toujours été une leadeuse dans l’âme, et le projet n’était pas né dans mon esprit mais dans celui de mon ami et je sais que son ego n’acceptait pas de me voir à la tête de « son » entreprise. Sans faire de bruit, j’ai donc quitté le projet et continué de mon côté. Depuis, l’idée a beaucoup mûri dans mon esprit et j’ai une vision des choses toute autre que celle de l’époque. Nous souhaitions arriver à créer un algorithme qui nous permettrait de déterminer le profil de l’élève et faire de même pour les coach/professeurs particuliers, à partir de données obtenues par des questionnaires. L’objectif était de permettre un matching parfait et du premier coup entre l’élève et le coach. L’intuition était bonne. A la lecture des réponses des élèves nous arrivions sans trop de difficulté à faire des matching. Le véritable problème était l’automatisation des analyses des questionnaires. Nous avons cherché à déterminer des « étiquettes » permettant de déterminer les profils des élèves et des professeurs. La tache était laborieuse. Des étiquettes/paramètres restaient corrélés, il était très difficile de répondre à cette question : quels sont les facteurs qui déterminent le profil d’un élève ou d’un coach ? Quels sont les paramètres qui font qu’ils sont faits pour être ensemble ? 

Une première étape dans notre matching était simple et efficace, il s’agissait de matcher sur le type de mémoire : les trois types de mémoires reconnus ce jour sont la mémoire visuelle, la mémoire auditive et la mémoire kinesthésique. Apprends-tu grâce à des schémas, en récitant à voix haute, ou en faisant par toi même un exercice ? Nous cherchions à rapprocher les élèves des coachs ayant des profils de mémoires similaires au leur. Mais ensuite on s’attaquait au matching basé sur la personnalité. Les études des différentes dimensions de la personnalité sont encore aujourd’hui très minces. Nombreuses de mes lectures se sont orientées vers la psychologie et elles m’ont finalement amenée à une lecture sur la théorie des profils émotionnels du Pr. Richard Davidson.

J’ai trouvé ses études et sa théorie passionnantes. Ses recherches sur le cerveau et les émotions l’ont amené à considérer les styles émotionnels des Hommes (au sens large) comme une combinaison unique de six dimensions. Je vais tenter de les décrire à ma manière de la meilleure façon possible. 

La résilience : il s’agit de la capacité d’un individu à refaire surface après avoir touché le fond. Un individu ayant une faible résilience aura tendance à creuser encore plus lorsqu’il aura touché le fond, tandis qu’un individu ayant une forte résilience passera rapidement à la suite.

La perspective : cela correspond au trait de caractère départageant les individus ayant tendance à voir le verre à moitié plein ou le verre à moitié vide. Les positifs et les négatifs. 

L’intuition sociale : cela correspond à une capacité à comprendre la communication non verbale que ce soit le ton de la voix ou le langage corporel. Les individus ayant une forte intuition sociale sont plus sensibles aux signaux faibles.

La conscience de soi : cette capacité découle d’un travail d’introspection assez poussé pour pouvoir être conscient de ses propres émotions, de ses pensées, des messages que notre corps nous envoie.

La sensibilité au contexte : être conscient de l’existence des normes sociales pour ne pas avoir une comportement « déplacé ». Par exemple, se retenir de lancer une blague graveleuse lors de la signature d’un contrat important pour votre société.

L’attention : être capable de faire abstraction d’une interférence émotionnelle pour rester concentré.

Chaque individu possède un « score » pour chacune des dimensions et c’est l’existence d’une multitude de combinaisons qui fait que chaque style émotionnel est unique. Alors quel est le lien avec l’éducation ?

Cette thèse concernant les 6 dimensions des styles émotionnels peut être la clé de notre problème. Reste encore à déterminer s’il est réellement intéressant de faire matcher des élèves/coachs ayant le même profil émotionnel. Mettre deux personnes négatives à faible résilience ne donnera certainement rien de bon. Le mot clé qui revenait souvent lors de nos réflexions était le mot motivation. Il est très difficile de comprendre les clés de la motivation de chacun. Cela dépend de tellement de paramètres qu’il est vraiment très difficile de les déterminer.

Dans le milieu professionnel, on sait que c’est tout autant problématique. Si c’était si facile, le travail des RH serait grandement facilité. De nombreuses erreurs de recrutement sont faites chaque jour parce que la motivation de l’individu n’a pas été comprise. Parfois d’ailleurs, je me demande si les recruteurs se posent les bonnes questions.

Quand je relis ce que je viens d’écrire, je réalise à quel point notre projet était brouillon et complexe. Je ne regrette en rien l’année que j’ai passée à m’impliquer dans ce projet, c’était très enrichissant et j’ai appris énormément de choses. Cependant, je ne regrette pas non plus de l’avoir quitté car nos opinions divergeaient sur la direction à prendre. J’aurais aimé que nous nous penchions sur la possibilité d’utiliser un réseau de neurones et l’intelligence artificielle pour analyser les questionnaires mais ce n’était pas la manière dont mon ami abordait le problème.

Quoi qu’il en soit, pour le futur, il est nécessaire aujourd’hui de considérer la « personnalité » d’un enfant ou d’un élève au sens large afin d’adapter sa méthode d’éducation. Nous sommes tous différents, nous apprenons tous d’une manière différente. Aujourd’hui nous faisons des progrès incroyables dans le domaine des neurosciences et de l’étude de l’ADN, et j’espère que ces études serviront un jour à chaque être humain pour devenir une meilleure version de lui-même.

Dans l’attente de vous lire, 

Claire

Qu’apprend-on vraiment en école d’ingénieurs ?

Qu’apprend-on vraiment en école d’ingénieurs ?

Je viens de lire un article issu du magazine Le Monde s’attaquant aux enseignements dispensés en école d’ingénieur de nos jours. Dans cet article plusieurs dimensions ont été abordées telles que la place des jeunes femmes dans les écoles, l’importance que prend le sujet de l’écologie et du développement durable, ainsi que l’enseignement des « soft skills » très appréciées par les grandes entreprises.

Tout d’abord, il faut savoir que très récemment encore je suis tombée en désaccord avec un de mes supérieurs concernant le rôle d’un ingénieur dans une entreprise. De mon point de vue, un  ou une ingénieur(e) est une personne capable de proposer des solutions à un problème, quelque soit le domaine technique considéré car il est doué d’auto-formation. Cette notion de capacité à aller chercher l’information en autonomie est aujourd’hui très peu partagée alors qu’elle me semble essentielle. Nous sommes dans un monde où tout bouge, très vite, et cette capacité rejoint celle de la capacité d’adaptation. Aujourd’hui on attend d’un ingénieur qu’il soit capable d’anticiper les changements et de s’y préparer. Je dirais même qu’on attend de lui qu’il soit le changement.

Bien trop d’ingénieurs dans l’entreprise à mon sens sont aujourd’hui des « techniciens de luxe ». En tout cas c’est le titre que je m’amuse à leurs donner. Ils sont payés comme un ingénieur, mais ne font qu’exécuter des procédures et tâches récurrentes qui à aucun moment ne font appel à leur ingéniosité.

Les jeunes interviewés dans cet article ne poussaient pas la réflexion aussi loin, une jeune fille expliquait simplement que lorsque l’on était doué en mathématiques en terminale S, la classe préparatoire et l’école d’ingénieur était la voie « normale », et je pense que c’est bien cette idée qui conduit à former des techniciens de luxe. On fait ingénieur parce que c’est « normal », par défaut, mais ça ne devrait pas être le cas. À l’issue de la classe préparatoire, on fait tout pour obtenir la meilleure école, être la mieux « classée », sans même se demander quel domaine nous attire le plus. Il y a tant d’écoles, avec tant de spécialisations différentes, qu’il paraît urgent de revoir ce processus de sélection. La clé de la formation d’ingénieurs de qualité est de trouver des élèves motivés. Pour cela ils faut que la thématique leurs plaise. Aujourd’hui on finit dans une école, sans même savoir ce que l’on vient y apprendre.

Concernant le développement durable, j’ai de plus en plus l’impression que nous baignons tous dans un grand bain d’hypocrisie en ce qui concerne ce sujet. Moi-même diplômée d’école d’ingénieur avec une spécialité matériaux pour l’énergie, et un bagage dans le domaine des énergies renouvelables, j’ai finalement suivi la voie « classique » et j’ai été embauchée à ma sortie d’école dans l’une des plus grandes industries nucléaires mondiales. Pour avoir vu ce qui s’y passe, si l’état perdait moins d’argent à payer des techniciens de luxe dans ces grands groupes, peut-être que l’on pourrait voir des avancées dans le domaine des énergies renouvelables. Par ailleurs, les étudiants interviewés reprochaient aux écoles d’ingénieurs de rester trop vagues sur le sujet. Il faut prendre conscience, que l’école n’est là que pour nous donner une sorte d’état d’avancement des sujets avant que nous ayons à les considérer en entreprise : s’ils restent si vagues, et je sais que c’est réellement le cas, c’est bien parce que tout reste à découvrir ! La marge de progression dans ce domaine est immense. Une seconde raison est que les grands groupes français ne font pas dans le développement durable, ceux qui financent nos écoles font du nucléaire, pas des éoliennes. Il est important de garder ce regard critique sur les enseignements que nous recevons. On nous y apprend que ce que l’on veut que nous sachions faire à la sortie.

Enfin les « soft skills »… Que dire… Certes au cours de notre cursus nous devons suivre des enseignements tels que la gestion de projet, la communication, l’économie, mais finalement ces cours sont vus d’un très mauvais œil par les étudiants. Ces derniers sont souvent séchés car les étudiants n’ont juste pas conscience de leur importance. Ils ne sont pas appréciés, et comme il est très facile même sans y participer d’assurer les points pour que ça ne soit pas handicapant pour le passage dans la niveau supérieur, les amphis y sont souvent vides.

Il serait donc fort hypocrite de dire que nous y développions quelque soft skills quelle qu’elle soit. Nombreux sont les ingénieurs qui sortent d’école sans savoir par exemple présenter leur travail devant un auditoire. Et ce n’est qu’un exemple.

J’ai pour ma part, en parallèle de mon école d’ingénieur suivi un Institut d’Administration des Entreprises, et je dois dire qu’en comparaison, les cours qui m’y étaient dispensés étaient d’une qualité bien supérieure puisque l’école est spécialisée dans ce domaine. A vouloir en faire trop on fini par le faire mal. Laissons donc l’école d’ingénieur nous enseigner la technique, nous montrer qu’il existe bien d’autres domaines tout aussi intéressants, mais arrêtons de dire que l’école d’ingénieur nous donne un bagage de sciences comportementales.

Ce qui finalement distinguera l’ingénieur de demain sera justement sa capacité à développer d’autres formes d’intelligence, à pouvoir manager, à s’intéresser à des sujets très divers et continuer à se former tout au long de sa vie.

Tout cela ne dépend donc que de lui, de sa motivation et de sa persévérance. Les femmes restent encore en très faible nombre dans ce milieu, l’article souligne ce point et c’est une réalité. Il y est également souligné le sexisme qui y est omniprésent et c’est également une réalité. En ce qui me concerne, je compte bien me battre pour légitimer ma place dans ce milieu. Et pas en tant que technicienne de luxe bien sûr. 😉

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