fbpx
Les métiers de demain

Les métiers de demain

Quand tu étais enfant, on t’a sûrement déjà posé cette question : « Tu veux faire quoi plus tard ? » Et nos parents, oncles et tantes étaient loin de se douter de l’absurdité de cette question. Comme je l’ai déjà évoqué dans l’article concernant la réussite, nous sommes actuellement en train de vivre une véritable transition dans le monde du travail. Dans l’idée de t’aider à trouver ta voie et ton avenir, j’ai réfléchi à une possibilité de te faire découvrir des métiers. Puis, j’ai surtout réfléchi sur la pertinence de ce choix. Comme je le disais également dans mon article précédent, de nombreux métiers dits « métiers du numérique » sont apparus dans les dernières années. Et ces métiers, tels que UX Designer, Inlfuenceur ou encore social media manager, sont devenus primordiaux pour les entreprises.
Alors quels métiers exercerons-nous en 2030 ?

Savoir que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore montre que le numérique est en train de provoquer une révolution toute aussi conséquente que la révolution industrielle voire encore plus.Par ailleurs, il est également important de prendre conscience que la robotisation et l’automatisation vont supprimer 2 milliards d’emplois dans le monde d’ici 2030 selon le chercheur Thomas Frey, directeur du Da Vinci Institute.
Aujourd’hui personne ne sait quels sont les métiers qui seront exercés en 2030. Et le changement est enclenché et ne fait que s’accélérer. Finalement, de tout ça qu’est-ce qu’il restera ? Il restera l’humain.

Le système éducatif actuel, hérité de la révolution industrielle, est entièrement à repenser. Nous allons devoir créer des écoles qui permettront de préparer à des métiers qui n’existent pas encore. Nous allons devoir penser différemment et apprendre à apprendre. C’est déjà comme ça qu’est pensée l’école 42 de Xavier Niel basée sur le mécanisme d’apprentissage du peer-learning. Apprendre à apprendre en groupe, en autodidacte grâce à tous les supports disponibles en ligne. Cette école permet aujourd’hui d’apprendre à développer, mais le principe du peer-learning pourrait s’appliquer à bien d’autres domaines.Ce process d’apprentissage favorise également la créativité des individus.

De nouveaux modes de travail vont également devenir la norme dans les années à venir tels que le freelancing, le télétravail, le reverse mentoring… Il va devenir normal à 35 ans d’être passé par 10 emplois différents qui n’ont rien à voir entre eux. Cela ne sera possible que grâce à la grande capacité d’adaptation des individus et de leur apprentissage permanent. De plus en plus, les recrutements ne se font plus sur les compétences, mais sur la personnalité, les valeurs.Ce mode de recrutement permet de replacer l’individu dans un contexte de travail qui a du sens et qui lui permet de s’accomplir.

Toutes ces mutations sociales doivent donc être intégrées à la fois par les entreprises mais aussi par le système éducatif afin d’élaborer ensemble des conditions propices au futur monde du travail. Les stratup, ont déjà pour la plupart sur ce point une longueur d’avance sur les grands groupes qui ne jurent que sur les écoles, et restent rassurées par des profils diplômés. Tandis que par ailleurs dans le monde, les diplômes sont déjà bien moins valorisés et ce qui compte par dessus tout c’est l’expérience qui elle permet de se faire une idée sur le parcours de la personne, sur son histoire, sur sa personnalité par la justification de ces choix de carrière.

On peut imaginer que l’école de demain serait une école sans professeurs, où les étudiants seraient en autonomie et apprendraient à apprendre en groupe. Cela passe par une mise à disposition de ressources en e-learning, la réalisation de projets concrets dès les premières années d’étude. Une communauté de mentors permettrait de challenger les projets et aiderait les étudiants à trouver leur place au sein des équipes. Ainsi les étudiants à la sortie de leur cursus seraient bien plus à même de s’adapter aux besoins des entreprises et seraient des couteaux suisses dont le critère différenciant ne serait autre que l’humain, la personnalité, les valeurs.
Finalement, cela permettrait à chacun de se frayer son propre chemin, qui serait unique et surtout chaque individu pourrait avancer à son rythme.

Dans un prochain article, je prévois d’exposer les différents systèmes scolaires d’autres pays européens qui existent actuellement et qui m’intéressent particulièrement … Peut-être qu’ainsi on parviendra plus facilement à redessiner l’école de demain.

Je te laisse m’écrire tes belles idées dans les commentaires,
Dans l’attente de te lire,
Claire

J’ai participé à un Startup Weekend !

J’ai participé à un Startup Weekend !

Il y a une semaine j’ai participé à mon tout premier startup weekend ! Et cette aventure a juste été INCROYABLE. Mais avant de tout te raconter et de te donner à toi aussi l’envie de te lancer dans cette folle aventure, je vais t’expliquer un peu comment j’en suis arrivée là. Il faut savoir que chaque année, à la même période c’est à dire pendant l’été, je passe par une phase où je remets littéralement toute ma vie en question. Je fais le point sur l’année qui s’est écoulée et généralement je passe par une phase de déprime où j’ai la sensation que rien ne va plus dans ma vie. Plus particulièrement depuis que j’ai fini mes études, j’ai l’impression de faire du sur place, de ne pas trouver de satisfaction dans mon quotidien, de ne plus rien accomplir. J’ai la chance d’avoir une résilience assez forte et d’être capable de rapidement me remotiver et d’établir un plan d’action pour faire bouger mon quotidien. Cet été j’ai donc pris deux décisions : m’inscrire à ce startup weekend et faire part à mon manager de tous les points qui ne me conviennent plus dans mon quotidien professionnel.

Aujourd’hui j’écris donc cet article pour te raconter comment ce startup weekend est sur le point de marquer un tournant dans ma vie. Tout d’abord, tu dois savoir que je n’étais pas du tout sereine à l’idée de me rendre, seule, à un événement avec uniquement des gens « ouf ». Parce que dans ma tête c’était ça, j’ai encore du mal à avoir confiance en moi et je me disais que ça allait être difficile, j’étais impressionnée par les mentors, par le lieu, par le concept même de passer 54 heures d’affilée à bosser. Heureusement, nous avons un peu dormi quand même. 😉
Quand je suis arrivée j’ai été étonnée par la bienveillance de toutes les femmes qui étaient là : en fait nous en étions toutes au même point, pleines d’idées, de volonté, de courage, et paniquées à l’idée d’enfin « se lancer ». Je dis femmes car nous étions au Global Startup Weekend Women, édition spéciale où seules les femmes peuvent être porteuses de projet afin de promouvoir l’entrepreneuriat pour les WonderWomen !

L’idée de ce weekend est de pouvoir tester son idée : tu viens avec une idée, tu la pitch en 1 minute le vendredi soir, tu formes ton équipe et bam c’est parti pour 54h intenses pendant lesquelles tu vas pivoter, pivoter, pivoter… Alors pivoter qu’est-ce que c’est ? C’est lorsque tu crois que tu as une bonne idée, mais qu’au final un mentor vient te challenger et que tu dois revoir tes plans parce qu’il te fait prendre conscience que ça ne va pas marcher. Et tu recommences, et un second mentor vient te voir et il te dit qu’en fait ton idée précédente était meilleure, et tu réitères, encore. C’est intense, cela nécessite de prendre des décisions rapides, de bien s’organiser avec une équipe que tu viens tout juste de rencontrer, de bien répartir les taches… Bref, l’équipe dont j’ai fait partie a été incroyable, nous avons réussi le challenge car nous avons fini 2ème lors du grand jury du dimanche soir 🙂

A titre personnel je suis venue cette fois-ci en tant que participante, sans pitch, uniquement pour dans un premier temps découvrir ce monde de l’entrepreneuriat. Je n’ai pas été déçue une seule seconde. Cela fait tellement de bien de se sentir entourée de personnes aussi motivées que toi, prêtes à tout donner, pleines d’énergie positive. Dans mon quotidien actuel j’essaye de me battre chaque jour pour faire changer les choses, mais l’environnement dans lequel j’évolue n’est pas du tout propice à ce changement. Cela va très lentement, et je finis par être fatiguée de me manger des murs. Je pense que nombreux sont les employés qui sont arrivés, de la même manière que moi, avec ce que j’ai envie d’appeler « une flamme », cette envie puissante d’aider, de changer les choses pour faire mieux et pousser à l’amélioration continue… Mais nombreux sont ceux également qui ont été désillusionnés, et qui ont perdus leurs flammes, sont restés là, impuissants, et qui aujourd’hui n’apportent plus rien à leur entreprise. Pour ma part j’ai décidé qu’à l’issue de ce weekend, rechargée d’énergie positive, j’allais tenter une dernière fois de tout changer …

Alors maintenant je vais te partager les citations que j’ai entendue pendant ce weekend qui m’ont vraiment fait un électrochoc …

 « Décider c’est renoncer »

C’est à dire que si tu ne prends pas de décision, si tu ne parviens pas à renoncer à une voie possible pour avancer dans une autre, alors tu restes statique et ton projet n’avance plus.

« Se concentrer sur le problème et non sur la solution »

Nous nous sommes avant tout focalisés sur le problème, et c’est bien ça le cœur de l’idée, si à la base tu ne t’imprègnes pas suffisamment du problème alors lors de l’élaboration de la solution tu dérives et tu coules.

« Se fixer des objectifs mesurables »

Si ton objectif c’est « coder le site web » alors ça ne marchera pas car tu n’auras pas la sensation d’avancer, de progresser, et c’est difficile psychologiquement de rester motivée si on a l’impression de stagner. Alors que si tu te fixes un objectif clair tel que : « finir un logo en deux heures » tu pourras, une fois la tâche accomplie, cocher ce point de ta liste et passer au suivant !

« Délègue ce que tu sais faire »

Alors là, cela a été une véritable révélation, et pourtant c’est si évident. Déléguer ce que tu sais faire te permet de contrôler ce qui a été fait. Ainsi la personne ne peut surévaluer le temps et le budget pour réaliser la tache car tu sais exactement ce que cela nécessite. Tu te retrouves donc à faire ce que tu connais moins, ce qui te permet de t’améliorer et de pouvoir déléguer de nouvelles choses.

« Joue la désimposture »

En tant que femme, je sais à quel point il est difficile de se sentir légitime dans ce milieu. Alors que des amis, qui se disent être en phase d’accélération, qui tiennent un projet de ouf et qui savent bien se vendre j’en ai des tonnes. Mais étonnement, ils n’ont pas client. Donc à un moment, crois un peu en toi et vends toi !

« Imaginer le pire »

Là je me suis dit, imaginons que je démissionne et que je me lance. Le pire du pire c’est qu’au bout de 6 mois je n’ai toujours aucun client, aucun contrat signé, plus d’argent, et qu’au final je doive reprendre un CDI. Donc en fait le pire c’est quoi ? La situation dans laquelle je suis déjà ?

« N’écoute pas les cons »

Des gens capables de te démotiver et de te dire que le milieu entrepreneurial est difficile il y en aura toujours. Et pourquoi agissent-ils de la sorte ? Simplement parce qu’ils sont jaloux, eux n’ont jamais eu le courage de se bouger et de chercher à changer les choses dans leur vie ! Donc, apprends à t’entourer des personnes qui seront là pour te rappeler à quel point tout est possible et qui croiront en toi ! 🙂

Je vais finir cet article par te parler de ce que cela a déjà changé dans ma vie cette semaine : j’ai eu plusieurs échanges avec mon manager, les choses sont également sur le point de changer au sein de mon équipe et je suis vraiment soulagée de ne plus être « statique ».

Ce weekend m’a également permis de rencontrer des personnes exceptionnelles qui se reconnaîtront, des personnalités incroyables et des entrepreneur(e)s inspirant(e)s ! Maintenant si toi aussi tu veux devenir une entrepreneure badass n’hésite pas à rejoindre le bootcamp Heroyn créé par deux femmes exceptionnelles que je ne peux donc que chaudement vous recommander de rencontrer 🙂

Peut-être cela nous donnera même une occasion de nous rencontrer car il n’est pas exclu que je continue sur ma lancée 😉

Si toi aussi tu as une petite citation inspirante pour pousser à se dépasser un petit peu plus chaque jour n’hésite pas à la partager en commentaire,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

La communication dans le milieu de l’entreprise

La communication dans le milieu de l’entreprise

Cette semaine a eu lieu au sein de mon entreprise un séminaire dont la thématique était le changement, « Et si on pensait autrement ? ». Durant toute une matinée, l’ensemble du département, soit une centaine de personnes – dont seulement une dizaine de femmes, informatique oblige ! – a été encadrée par des professionnels du théâtre. De prime abord, j’ai été très sceptique lorsque j’ai reçu l’invitation dans mon agenda Outlook. A la lecture de la description de l’événement, je me suis tout d’abord demandé si mon manager allait me laisser y participer durant toute une matinée. Au prix où nous sommes payés, la question est légitime. J’ai ensuite été très étonnée que cet événement ne soit pas réservé aux internes. Ils ont réussi à débloquer du budget pour convier les externes à cet événement ? Finalement, une communication du responsable du département nous a expliqué que notre présence était obligatoire. Nous avions eu très peu d’informations sur le contenu de cette matinée, j’avais appris en off que nous allions faire du théâtre mais je ne comprenais pas bien l’objectif de cet événement.

A notre arrivée, comme promis, un buffet petit déjeuner nous attendait. L’ambiance était détendue et conviviale. Nous avons chacun reçu un bracelet de couleur afin de nous diviser en quatre équipes. Nous avons ensuite été invités à rejoindre un amphithéâtre dans lequel il nous a été présenté le planning de la matinée ainsi que les quatre sujets que nous allions aborder. J’ai été heureuse d’apprendre que je faisais partie de l’équipe bleue, l’équipe de la communication. Les autres équipes ont abordé les thématiques de la gestion de projet, des processus de livraison et du partage de la connaissance. Le premier exercice, que nous avons fait tous ensemble, fut un exercice de théâtre visant à nous aider à nous détendre, à nous exprimer, à crier, un jeu appelé le samouraï. J’ai été réellement étonnée que déjà à ce stade tout le monde accepte de se prêter au jeu, et certains m’ont surprise par leur aisance, et d’autres par leur timidité. D’ailleurs, un manager, que je côtoie souvent, qui passe son temps à faire des blagues dans l’open-space a par exemple eu énormément de mal dès ce premier jeu, ce qui m’a fortement déconcertée. Le second jeu a consisté à chacun notre tour, sans pause, laisser un message de 15 secondes sur un répondeur imaginaire exprimant une émotion forte. Je suis restée dans ma zone de confort, et j’ai exprimé une émotion que je connais très bien, le stress. J’ai laissé un message sur le répondeur de mon manager en lui annonçant que toute l’équipe avait démissionné et que je me retrouvais seule avec deux incidents de production à gérer, honnêtement je crois que j’ai réussi à faire ressentir cette émotion puisque moi-même à la fin de mon temps de parole, j’avais presque les larmes aux yeux. Cette fois-ci encore, certains de mes collègues m’ont impressionnée. La plupart d’entre eux, tout comme moi ont choisi des émotions négatives comme la peur, le stress, la tristesse. Je crois même qu’une seule personne a choisi la joie, et le connaissant bien, ce choix ne m’a pas étonnée venant de lui et son improvisation a été incroyable.

Après ce petit jeu, le débat « sérieux » a été ouvert. Les jeux précédents ont permis de délier les langues et nous avons pu réellement tous nous exprimer suite à cela. La communication dans le milieu de l’entreprise n’est pas une chose aisée. Nous sommes dans des locaux en « flex-office » c’est-à-dire que nous n’avons pas de bureau fixe, seulement un casier et le matin lorsque nous arrivons nous pouvons nous placer où nous le souhaitons. Cependant depuis la mise en place de ce flex-office, des quartiers se sont dessinés, où les équipes s’installent souvent ensemble et me concernant, je suis à la même place depuis le début et je n’en ai pas bougé. Dans ces « open-space » d’une dizaine de personnes, nous sommes donc souvent dans un environnement de travail très bruyant, entre les conversations téléphoniques, les discussions entre collègues, les réunions improvisées autour d’un même poste de travail, le calme et le silence sont difficiles à maintenir. J’ai la chance de pouvoir très facilement me concentrer lorsque j’écoute de la musique ou des podcasts, donc quand je suis sur une tâche de fond tel que du développement, alors je mets mes écouteurs et je me concentre quelques heures afin de m’isoler dans ma bulle. Mes collègues comprennent le message et savent que ce n’est pas le moment pour me déranger. Cependant, je sais que je suis également très bruyante, lorsque par exemple nous avons un incident de production, les échanges au sein de l’équipe pour aider à la résolution de l’incident sont nécessaires et peuvent déranger les collègues de l’open-space qui ne sont pas de notre équipe.
Est ensuite venue la question du « râlage ». Nous avons tous parmi nos collègues cette personne qui râle tout le temps. Quels que soit la météo, le jour de la semaine ou de l’année, cette personne trouvera un moyen de râler parce qu’elle est une râleuse chronique. Il y a quelques mois lors d’une campagne CHO (Chief Happiness Officer – Responsable ponctuel du bien-être au travail), nous avons eu interdiction de râler pendant une semaine. Pour chaque action de « râlage », nous avions un tableau où nous reportions nos actions les faits, et à la fin de la semaine, en fonction du nombre d’occurrences, nous devions faire un don en conséquence à une association caritative. L’idée était bonne, sur le fond, les râleurs chroniques c’est fatiguant dans les open-space, et cela a tendance à la fin de la journée à avoir pesé sur le moral de ses collègues. On préfère tous avoir des collègues qui sourient et sont heureux dans leur travail, parce que oui le bien-être au travail ça ne doit pas seulement être à la télé. Mais, dans le fond, les quelques fois où j’ai râlé je n’ai pas trouvé ça juste que ce soit relevé car je jugeais que je ne râlais pas pour rien ! Râler, par exemple, sur une problématique d’organisation cela peut aboutir à quelque chose de constructif. Seulement il est vrai que « râler » n’est pas forcément la chose la plus constructive à faire, mais c’est facile. Tandis que demander à son manager un entretien pour soulever une réelle problématique et chercher une solution ensemble c’est beaucoup plus compliqué, d’autant plus lorsque l’on est externe et que l’on remet en cause des process internes.
Une fois toutes ces idées échangées, nous avons choisi de faire devant les autres équipes une improvisation d’une scène de « râlage » en open-space qui se termine par l’arrivée du manager qui permet d’ouvrir le débat avec le râleur. Cette scène a atteint son objectif puisqu’elle a fait rire l’assemblée et nous avons réussi à faire passer notre message. Les scènes d’improvisation réalisées par les autres équipes ont également été très intéressantes et ont soulevé d’autres problématiques comme la surcharge de travail qui pèse sur certaines personnes, l’absence d’écoute en réunion où chacun est soit sur son ordinateur soit sur son téléphone, les plannings de livraison qui changent jusqu’à la dernière minute et qui mènent à une mise en production que l’on qualifie de « quick and dirty », l’absence de documentation pour former les nouveaux embauchés. Toutes ces thématiques ont finalement ouvert des débats et nous ont également ouvert les yeux sur le fait que l’on gagnerait à travailler avec les autres équipes car toutes les applications rencontrent les mêmes problématiques et réfléchir à des process communs pour améliorer notre productivité et notre efficacité au quotidien serait très bénéfique.
Des ateliers de travail sur les thématiques de l’agilité (méthode de gestion de projet qui vise à faciliter le dialogue avec le client pour converger plus rapidement vers le produit final), de la gestion de la connaissance et du DevOps (Pratique technique de l’ingénierie informatique) ont été présentés à l’issue de cette matinée auquel chacun est libre de venir participer. Pour ma part, je pense y participer à l’avenir car j’ai trouvé le travail de l’équipe en charge de l’organisation de ce séminaire impressionnant. Je crois désormais que le changement est possible dans cette entreprise, je ne sais pas si je souhaite en faire partie du fait de mes projets parallèles, mais je leur souhaite de réussir.

Durant la pause déjeuner qui a suivi cette matinée, les débats ont continué à fuser, preuve de l’impact que ces échanges ont provoqué et de l’urgence de ce changement. Nous avons également été flattés en tant qu’équipe d’apprendre que les autres applications étaient très curieuses de connaître nos secrets concernant notre nouvelle organisation, nos nouveaux process que nous avons mis en place depuis 6 mois. Alors même si parfois je rentre le soir en me sentant totalement désemparée face à la multitude de changements qui restent à être mis en place et face à la montagne de travail qui nous attend à très court terme, je réalise que finalement par rapport aux autres équipes nous sommes enviés par notre croissance actuelle.
Ce changement, je sais que j’y ai fortement contribué à titre individuel, tandis que précédemment j’abordais la problématique du manque de reconnaissance par la hiérarchie, finalement cela fait du bien de savoir que les autres équipes, elles, ont conscience de ce que chacun a permis d’apporter dans chaque équipe.

Etant donné la période que je traverse actuellement où j’ai un fort besoin de changement, une envie de bouger, ce séminaire m’a redonné de l’espoir et peut-être m’aidera-t-il à supporter quelques mois de plus la charge mentale de mon poste. Je vais tenter une nouvelle fois d’ouvrir le dialogue avec mon manager, et j’espère que cette fois-ci il me proposera des solutions à la hauteur des problèmes d’organisation que je remonte depuis plusieurs mois et qu’enfin il réussira à écouter ce que je ne cesse de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Je serais curieuse de connaître les méthodes qui sont appliquées au sein d’autres entreprises permettant de délier les langues,
Dans l’attente de vous lire,
Claire 

Les « boites de prestation »

Les « boites de prestation »

Un collègue au sein de mon entreprise m’a confié cette semaine qu’il avait d’ores et déjà, à 29 ans, renoncé à être placé sur un projet dont le contenu le passionne. Selon lui, ce n’est pas le travail qui doit permettre d’atteindre une satisfaction personnelle. Il pense que c’est une quête vaine et que la seule chose que l’on puisse faire c’est chercher à tirer parti au mieux de chaque expérience : acquérir de nouvelles compétences, apprendre à travailler avec différentes personnes, avec de nouvelles méthodes etc.

Je me suis dit qu’il y avait réellement un gap entre sa façon de penser et la mienne, jeune femme de 24 ans plus que déterminée à trouver un job dans lequel elle puisse pleinement s’épanouir. Je ne sais pas dire quelle est l’origine de cet écart de vision, mais il n’a pas cherché à comprendre la mienne et s’est contenté d’essayer de m’expliquer que ma vision était mauvaise.
Alors qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise vision, il y a des visions, des envies, des objectifs de vie et les moyens que l’on met en place pour les atteindre. Je ne pense pas qu’il soit vain de chercher un job qui nous passionne. Ce que j’attends de mon job c’est du challenge, une équipe sur laquelle je pourrai compter, travailler dans un domaine qui me passionne, avoir un salaire à la hauteur et obtenir la reconnaissance de ma hiérarchie. Et bien au 21ème siècle il est très difficile de cocher toutes ces cases car finalement même lorsque l’on pense faire de son mieux, que l’on se donne à fond, au lieu de recevoir de la gratitude, de la reconnaissance ou j’oserais même imaginer à une augmentation ou une récompense liée à la performance individuelle, on nous dit qu’il ne fallait pas se fatiguer à en faire autant. On nous répond que c’était de « l’overkill ».

C’est pourquoi aujourd’hui j’ai décidé « d’arrêter d’en faire autant ». Être force de proposition, proposer sans cesse des voies d’amélioration, faire des horaires de plus en plus conséquents m’a menée à une situation où j’ai eu la sensation d’être la seule à me soucier du bon avancement du projet. Mais quand tu débarques sur une mission, tu as envie de faire tes preuves, tu donnes tout ce que tu as, mais au final le monde est fait de requins qui n’en ont rien à faire que ça soit toi qui ait tout fait tant que c’est fait. Tu as accompli 90% du travail de l’équipe sur la semaine ? Et bien je t’annonce que tu n’auras pas 90% du salaire de l’équipe, ni 90% de la reconnaissance de la hiérarchie.

Je suis actuellement dans une boîte dite de prestation. Quand j’étais encore en école je ne connaissais pas ces entreprises. Je pensais que l’on était toujours directement embauché dans la société dans laquelle on travaille, alors qu’au final nombreux sont les jeunes ingénieurs qui débutent par ces entreprises. Se faire une place directement « en interne » c’est à dire sans passer par une boîte de prestation c’est très rare.
Mais qu’est-ce qu’une boite de prestation ? Ce sont d’un côté pour la plupart des jeunes ingénieurs et de l’autre ce que l’on appelle des commerciaux. Les jeunes ingénieurs, maternés pendant leur cursus en école, se laissent souvent facilement approcher par les commerciaux via les sites du type Linkedin, Indeed, CadreEmploi… Ils sont flattés que l’on vienne les chercher pour travailler, alors la plupart ne prennent même pas le temps de chercher à postuler ailleurs et signent avec la première boite de prestation qui s’est manifestée. Ils sont embauchés dès leur sortie d’école en CDI, c’est déjà un point positif en comparaison avec les CDD proposés par les grands groupes. Ils sont alors placés par les commerciaux dans des missions chez les clients de la société de prestation pour une durée pouvant varier de 6 mois à 3 ans, et une durée supérieure n’est aujourd’hui plus autorisée par la législation puisqu’au delà de trois ans on considère qu’il ne s’agit plus d’un service de prestation. Entre chaque mission, le consultant est en période « d’intercontrat ». C’est à dire qu’il doit faire acte de présence sur des horaires stricts, au siège social de l’entreprise pendant cette période et doit « s’autoformer » en rendant compte de son activité. Si l’entreprise est sympa, une fois sa nouvelle mission trouvée il peut être dispensé de présence et rester chez lui en attendant sa date de début dans cette dernière.

Il y a des avantages et des inconvénients, honnêtement de manière totalement subjective, je le reconnais aujourd’hui, j’y vois plus d’inconvénients que d’avantages.
J’ai choisi ce schéma en pensant que ça serait un avantage de pouvoir changer de mission facilement, d’avoir quelqu’un à notre écoute pour nous aider dans nos choix de carrière et nous permettre d’avoir accès à des missions que nous n’aurions pas obtenues si nous avions postulé directement. En réalité ce qui compte ce n’est pas ce que toi tu penses de la mission, c’est ce que pense ton manager de ta mission. Je ne pensais pas faire partie de la masse, j’avais pris le temps de me renseigner, de passer des entretiens dans pas moins de 15 boites de prestation différentes sur Paris – il n’y a pas vraiment de suspens à l’issue d’un entretien dans ce type de boite, s’ils te contactent ils t’embaucheront – mais j’ai quand même fini par en choisir une pour plusieurs raisons :

  • J’étais ingénieure en matériaux et mécanique et je souhaitais me former sur les métiers de l’ingénierie informatique parce que je reste convaincue que cela me permettra d’approcher le milieu de l’entrepreneuriat où ces compétences sont plus qu’appréciées, la société que j’ai choisie proposait donc d’entrée de jeu une formation en informatique de deux mois,
  • De plus, lors de ma première expérience j’avais eu un réel manque d’écoute de la part de mon manager et je pensais qu’avoir un commercial me permettrait d’avoir quelqu’un pour me guider dans mes choix de carrière,
  • Et enfin, je signais un CDI et je savais qu’obtenir ce statut social me permettrait d’une part d’avoir accès à un prêt si je souhaitais me lancer dans l’achat d’un appartement et d’autre part cela rassurerait mes parents.

Dans les faits, si je fais le point, cela fait maintenant un an que je travaille au sein de la même société de prestation et le rôle de « prestataire » ne me convient pas.

Premier point qui ne va étonner personne, en choisissant de quitter un grand groupe pour intégrer une société de prestation j’ai dû accepter une baisse de salaire d’environ 10%. Alors j’ai essayé de négocier, mais dans les sociétés de prestation tout comme dans les grands groupes, les grilles de salaire sont fixes en fonction de l’école. J’ai également fait d’autres concessions, j’ai désormais 40 minutes de transport matin et soir pour aller au travail là où avant j’avais 20 minutes. Je n’ai plus de cantine ni de salle de sport. Mais tout ça, honnêtement, pour un « job passionnant » j’étais prête à tirer un trait sur ces avantages. Seulement aujourd’hui, mon job intéressant à mes débuts n’est plus autant « passionnant », j’ai la sensation d’avoir fait le tour.

La première chose à comprendre lorsque tu es prestataire est que tu es remplaçable. Demain, ou plus exactement sous deux semaines, la société client peut demander à la société de prestation de te sortir de mission. Alors on voit beaucoup de gens arriver, beaucoup de gens partir. Les seuls qui restent ce sont les internes c’est-à-dire les managers. La connaissance, souvent trop possédée par les externes se perd alors d’année en année. La formation des nouveaux embauchés est absente. Et pour ma personnalité il a été difficile d’accepter « tout ça ». Le prestataire ne fait pas partie de la société client : il ne doit pas s’attacher plus que les internes au bon avancement du projet et encore moins devenir le seul à posséder la connaissance car cela est mauvais tout autant pour lui que pour la société client. Ce qui finit dans cette situation par se produire est que le prestataire se voit confier des missions qui ne sont plus de la prestation car elles incluent une responsabilité et la société client peut se retrouver handicapée au départ de ce prestataire.

Si vous avez parcouru mon profil psychologique disponible dans la page des coachings en orientation, alors vous savez que contre mon gré je suis une leadeuse naturelle et qu’il m’est très difficile de ne pas prendre « trop de place » au sein d’un projet. Alors pour tous ceux qui sont ou seront amenés à travailler en boite de prestation je vais vous partager quelques petits conseils que j’ai appris pendant cette année :

  • Les paroles s’envolent mais les écrits restent. Tout ce qui est écrit constitue une preuve, mais tout ce qui est oral est improuvable. Il est important de ne pas hésiter à signaler à son manager et sa commerciale, par écrit, les problèmes que l’on peut rencontrer.
  • Ne jamais prendre de responsabilité sans ordre écrit de son responsable.
  • Sauvegarder ses mails, régulièrement, tous les jours, encore une fois pour se protéger.
  • N’avoir qu’une confiance limitée en ses collègues.

Pour ma part cela a été très dur à accepter, aujourd’hui je sais que je dois changer d’air, faire autre chose, d’autant plus avec cette sensation « d’avoir fait le tour ». Alors actuellement je fais de mon mieux pour me donner les moyens de voir autre chose, et d’enfin trouver un job qui me passionne.

Si vous avez vous aussi une expérience en boite de prestation ou si cet article vous a « passionné » n’hésitez pas à échanger dans les commentaires,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Lettre ouverte à mon manager

Lettre ouverte à mon manager

« Cher manager,

Je tiens d’abord à te rappeler que l’on t’a attribué ce titre, simplement parce qu’il est beaucoup plus chic que celui de « responsable d’équipe ». Mais au fond, c’est la même chose.
Homme d’une trentaine d’années environ, tu es arrivé à ce poste très récemment, mais toi-même tu ne sais pas vraiment pourquoi ni comment. Ingénieur issu d’une grande école telle que l’X ou les mines, tes connaissances techniques sont reconnues dans le monde entier. Tu sais faire voler un avion, calculer toutes sortes d’intégrales et connais toutes les règles de la physique quantique. C’est donc tout naturellement que tu as été promu manager, ou que tu as parfois même été embauché en tant que tel dès ton premier poste. Il est certain que la physique quantique est un des domaines les plus à même d’expliquer comment manager une équipe.

Du jour au lendemain, on t’a demandé d’encadrer jusqu’à 20 personnes, d’élaborer des plannings, de gérer des budgets, mais tu es bien sûr parvenu à tout maîtriser très rapidement puisque la physique quantique était là pour t’aider.
Bien sûr, tu es également responsable de recruter les ressources de ton équipe. Que tu sois dans une entreprise pratiquant le recrutement en interne ou préférant passer par des sociétés de prestation, tu as su facilement déceler les forts potentiels et faire les bons choix. D’ailleurs, tu n’as souvent même pas eu besoin de faire passer plusieurs entretiens puisque le premier candidat a souvent été le bon. Mener un entretien d’embauche tu sais faire, bien sûr la physique quantique est toujours là en cas de doute.
Dans ce métier après tout, et les grands groupes l’ont bien compris, nul besoin de compétences humaines. Le recrutement se fait sur le classement de l’école – tout le monde sait que recruter un ingénieur issu des Arts et Métiers sera forcément un bon choix – et également en fonction du budget attribué au recrutement. Et finalement, comme le salaire suit un barème lié à l’école dont est issu le candidat, on tourne en rond et on recrute en fonction de l’école.

En ce qui concerne le contact humain, il est certain que tu possèdes toutes les qualités requises d’un manager d’un grand groupe de 2019 : tu sais rappeler à tes ressources quand la pause café est trop longue ou qu’ils partent trop tôt le soir. Par ces remarques, tu obtiens ainsi la productivité optimale de ton équipe.

Finalement, tu vas continuer ta carrière tranquillement, grimper doucement les échelons et tu atteindras un salaire à la hauteur de ton niveau d’ici quelques années.
Pour le futur, je te souhaite toute la réussite que tu mérites. 
Mais s’il te plait évite le burn out, ça fait mal à l’intéressement du groupe.

Cordialement,
Une jeune recrue. »

J’ai d’abord pensé publier cette lettre seule, et puis j’ai eu peur que le message que je souhaitais faire passer ne soit pas le bon. C’est pourquoi j’ai ajouté ces quelques lignes. Ce que je cherche à dénoncer par cet écrit, c’est avant tout les méthodes de recrutement des grands groupes français. Certains nous font passer des tests de personnalité qui ne sont finalement pas exploités. Certains embauchent uniquement en fonction du budget qui leur est attribué. A aucun moment, il n’y a de réelle réflexion sur la personnalité de la recrue, de sa motivation, de ses ambitions. Après tout, on nous appelle « ressource », nous sommes tous identiques aux yeux du groupe et on gâche nos potentiels.

Chaque candidat, employé est unique et il est dommage que les managers d’aujourd’hui n’aient pas reçu la formation nécessaire pour comprendre les personnalités qui composent leur équipe. Parfois il est même difficile pour eux de communiquer et leur métier est finalement inadapté à ce à quoi ils ont été préparés. Ces managers auraient dans bien des cas dû rester des référents techniques, métiers dans lesquels ils se seraient pleinement épanouis et où leurs potentiels auraient été le mieux exploités.

Ce que je reproche c’est donc ce système de catégories dans lequel nous sommes encrés et malheureusement les RH d’aujourd’hui n’ont pas non plus les leviers nécessaires pour pouvoir faire changer les choses.

N’hésitez pas à partager vos expériences dans les commentaires,
Dans l’attente de vous lire,
Claire

Débuter dans un grand groupe

Débuter dans un grand groupe

Qui n’a jamais rêvé que ses enfants réussissent ?… et par réussir on entend souvent le même discours : faire de grandes études d’avocat, de médecin ou d’ingénieur, monter son cabinet ou intégrer un grand groupe du CAC 40, mais est-ce que vous leurs avez demandé ce qu’ils voulaient faire à vos chers enfants ?…

J’ai suivi la voie royale comme beaucoup disent. A 22 ans j’ai 3 diplômes, j’ai suivi un cursus classique dans une école d’ingénieur que j’ai complété par un master de recherche et un master d’administration des entreprises. J’intègre donc un grand groupe français très connu dans le domaine du nucléaire dès ma sortie d’école, et je suis alors « Ingénieur d’études mécaniques ». J’ai signé pour un CDD d’1 an qui conduira très vite à un CDI, mes parents sont fiers de moi et c’est le plus important n’est-ce pas ?

J’ai tenu 1 an. Et à 23 ans, je remets tout en question. Mes choix, les choix que mes parents ont fait pour moi indirectement, mes capacités, mes compétences. Je pense qu’il est important que je revienne sur cette année qui vient de s’écouler pour que je comprenne comment j’en suis arrivée là. Parce que la vérité c’est que je ne l’ai pas senti venir. Je pensais que j’avais les épaules pour surmonter tout ça.

Dès mon arrivée, il m’a été confié un livre que l’on appelle « la bible ». Studieuse et motivée à la sortie de mon école je l’ai étudié de manière approfondie et j’ai même été jusqu’à rédiger des fiches de cette bible. J’ai intégré une section de mécanique, j’ai donc appris plein de choses dans ce livre : les dimensions des différents composants dont ma section est responsable, les matériaux utilisés, les procédés de soudage, les normes à respecter et j’en passe. Après deux semaines, toujours seule avec « ma bible », mon chef est venu me voir pour la seconde fois depuis mon accueil et m’a donné ma première « étude ». Il s’agissait de la rédaction d’un document de justification technique vis-à-vis de la réglementation européenne et française.

Au premier abord, je savais que cela allait être difficile. Je n’ai que très peu de notions juridiques, mais j’ai d’abord vu ça comme un challenge. Je comprenais très peu la philosophie de ce document, et je me sentais nulle car lorsque je posais des questions à mon « responsable technique », RT, je ne comprenais pas ses réponses. Alors je m’orientais vers d’autres personnes et le résultat n’était pas forcément mieux. « Copie-colle » un document existant sur un autre projet et réfléchis pas trop m’a-t-on dit. Alors je me suis contentée d’écouter.

Première réunion : relecture de mon document. Ça a été la réunion la plus longue de ma vie. On m’a expliqué à quel point mon document était mal rédigé et pourquoi je ne répondais pas aux attentes des autorités de sûreté etc, pourquoi pas. C’est mon premier document, c’est normal de se tromper. Ce qui m’a vraiment désemparée ce fut l’attitude de mon RT, que je pensais de mon côté. Celui-ci s’est totalement dédouané, niant avoir lu le document avant la réunion et me demandant de faire mieux la prochaine fois. Ce jour-là j’ai compris que le monde de l’entreprise est exactement comme le lycée. Tout le monde s’apprécie en apparence, mais tout le monde fait des sales coups en douce. Etant parmi les seules femmes de tout le département et également la plus jeune, j’ai rapidement eu le sentiment d’être une proie facile.

Quelques mois plus tard j’ai été « enclenchée » sur ma seconde étude. C’était alors la troisième fois de l’année que je rencontrais mon manager. Cette étude consistait à réaliser le maillage d’un défaut dans un équipement, et de « tester » sa résistance sous l’effet d’un séisme. Je n’avais jamais fait de maillage de ma vie, et encore moins « codé » pour modéliser des séismes. Le logiciel utilisé m’était également étranger, bref mis à part mes connaissances mécaniques théoriques je n’avais pas grand-chose auquel me raccrocher. J’ai su quelques mois plus tard que l’étude que l’on venait de me confier était parmi les plus difficiles de celles qu’un ingénieur de ma section puisse être amené à réaliser à ce poste. Pourquoi me la confier à moi jeune CDD de formation matériaux, je n’ai pas la réponse à cette question. Certes, c’était ce que je voulais, j’avais envie d’apprendre à coder, à mailler, mais j’attendais des explications, une aide, et celle-ci n’a malheureusement pas été à la hauteur de ce que j’attendais. Certaines personnes se sont intéressées à moi, et ont cherché à m’aider, mais cela n’a pas suffi.

Après quelques mois, j’ai réussi à publier à la fois le premier document juridique ainsi que les résultats de la seconde étude. Finalement si on s’intéresse uniquement au travail réalisé, j’ai atteint les objectifs attendus. Mais cela m’a tellement coûté cher psychologiquement et c’est maintenant sur ce point que je souhaite revenir avec un autre regard.

Le nucléaire français en 2018 n’est pas un secteur qui se porte extrêmement bien. Depuis le 4 Janvier 2018, Areva NP passe officiellement sous le contrôle d’EDF et devient Framatome. Même si ce rachat a permis à Framatome d’améliorer sa situation financière, humainement cela n’a rien changé. Les employés sont fatigués, certains sont là depuis plusieurs années et n’ont reçu aucune augmentation, d’autres sont trop âgés pour partir, et enfin certains profitent de la mauvaise santé de l’entreprise pour calmement ne rien faire de leurs journées. En résumé, il est très rare d’y trouver des personnes réellement motivées et passionnées par leur travail. Or, quand on a 23 ans, on a envie de ce job qui nous permettra d’avoir ce sentiment d’accomplissement. J’ai mis très peu de temps à comprendre que ce ne serait pas ici que je réussirais à m’accomplir, mais par contre beaucoup plus de temps à le reconnaître.

La politique RH de ce grand groupe est à mon sens plus que discutable. Je ne suis pas une spécialiste des ressources humaines. Il n’empêche que les chiffres parlent d’eux-mêmes : 36 CDD ont été recrutés pour une durée d’une année entre Septembre et Décembre 2017. Finalement, uniquement 6 postes de CDI ont été ouverts en Juin 2018. Lors des entretiens, on nous a tous promis ce CDI, vaste arnaque. Alors vous me direz qu’un CDD c’est déjà bien. Il n’empêche qu’il serait tout de même mieux de ne pas vendre le rêve du CDI à l’entretien d’embauche dans ce cas. Ensuite, il se trouve également que l’année 2018 a observé un record en nombre d’embauches de cadres. Il est donc difficilement justifiable de jouer sur la difficulté actuelle à trouver un emploi, qui n’est pas réelle chez les cadres, pour justifier d’un emploi précaire. Lorsque j’ai posté mon CV sur l’Apec, Linkedin, Cadre Emploi, j’ai reçu plus de 60 appels en 48 heures. Trouver un job c’est facile, en trouver un qui nous passionne, c’est autre chose.

Le second point sur lequel je souhaite revenir concernant les politiques RH est un problème bien plus difficile à résoudre. Suite à différents plans de départs volontaires, l’entreprise s’est retrouvée avec une pyramide des âges totalement déséquilibrée. Sans avoir les chiffres exacts, il me semble que 70% des effectifs ont moins de 30 ans et donc peu d’expérience, et que seulement 25% ont plus de 50 ans et donc de l’ancienneté. Entre les deux un gouffre. Il est très difficile de trouver dans cette entreprise des personnes âgées entre 30 et 50 ans. Cela pose un réel problème car les plus jeunes ont besoin d’être formés, d’être accompagnés et ça se termine très souvent en débrouille entre débutants. Alors c’est certes très formateur, mais aussi très dommage car on perd énormément de temps. Ensuite, les plus âgés ont eu des manques de formation aux nouveaux outils, car vraiment une formation rien qu’aux outils de la suite office serait déjà très bénéfique à beaucoup d’entre eux. Donc ils ont la connaissance technique, mais ont du mal à le mettre à profit. Finalement, on travaille très peu en groupe, on communique peu, on ne voit pas les problèmes et encore moins comment les résoudre.

Jusqu’ici j’ai énormément critiqué la manière dont le groupe gère ses humains, je souhaite désormais parler des managers. Dans un grand groupe c’est très simple. Si tu veux devenir manager tu dois avoir fait polytechnique. A mon sens, c’est extrêmement archaïque comme critère de choix. En quoi, une personne qui a pendant des années fait de la technique extrêmement poussée ferait du jour au lendemain un excellent manager. Pour répondre à cette question, je pense qu’il est nécessaire de revenir à la définition d’un manager. Du point de vue de l’équipe, le manager est la personne qui répartie les tâches entre les membres de son équipe et qui surveille de la bonne avancée du travail. Lorsqu’un membre de l’équipe rencontre une difficulté technique, celle-ci doit aller voir son manager car il aura la réponse. C’est aussi un peu un policier, devant lui il faut montrer que l’on a bien travaillé ou qu’en tout cas on essaye de bien faire. Evidemment, c’était une petite pointe d’humour. Et ceux qui ne l’ont pas vue je vous invite à vous renseigner de manière plus approfondie sur le rôle d’un manager. En effet, le manager n’est pas là pour surveiller ses employés. Il a un travail avant tout humain. C’est à lui de s’assurer que chacun est satisfait de son travail à la fois au niveau des missions qui lui sont confiées, mais également en terme de rémunération, et enfin en terme d’entente entre les différents membres de l’équipe. Ma définition serait de dire qu’un bon manager a avant tout un rôle de coach permettant à son équipe d’améliorer sa productivité en tant qu’équipe tout en progressant de manière individuelle selon les objectifs de chacun. Il doit connaître ses employés, les points forts et points faibles de chacun afin de leur confier les projets et études qui leurs conviendront le mieux à la fois au niveau des compétences techniques requises mais également de l’attrait pour le sujet. Dans un monde parfait cela se passerait comme ça. Et ce n’est pas parce que j’ai 23 ans que je crois encore que je vais passer ma vie à faire ce qui me plait. Il est normal parfois pour arriver à un objectif de passer par des étapes moins plaisantes. C’est l’apprentissage, c’est difficile et c’est normal.

Dans cette démarche d’être un bon manager, je n’ai donc pas compris pourquoi j’ai été isolée seule dans un bureau pendant plusieurs mois à mon arrivée au lieu de me trouver une place en openspace. Quand on arrive, on a plein de questions, on a ce besoin d’être entouré, on ne peut pas juste être isolé en espérant réussir tout seul. De plus j’ai intégré une équipe à très grande majorité masculine. C’est un milieu difficile, et je reproche à mon manager de l’époque de ne pas y avoir assez prêté attention. Ce ne sont que des détails, mais par exemple chaque semaine l’activité organisée par la section était un entrainement de foot. Je n’y ai jamais été conviée et je sais très bien pourquoi, et je sais même que mon manager le reconnaissait. Lorsque j’ai organisé de moi-même un entrainement de volley-ball pour toute la section, j’ai glissé dans le mail cette phrase « Enfin une activité mixte proposée au sein de la section ! » et j’ai simplement reçu un mail pour me féliciter de ma démarche. Alors merci, mais j’aurais juste souhaitée être conviée aux activités déjà en place jusque-là.

Au-delà d’être isolée physiquement, je me suis également retrouvée totalement isolée mentalement. Les hommes venaient dans mon bureau pour me parler de leur vie, de leurs relations, me demander des conseils avec les filles, ou bien même me draguer. Ce fut un rôle très difficile car des jalousies sont nées entre eux et malheureusement pour moi les meilleurs éléments m’ont tourné le dos et il a été très difficile pour moi de mener à bien mon travail.

En Juin 2018, annonce de 6 postes en CDI. Dans le même temps j’avais changé de manager. Et oui, dans un groupe aussi grand, le burn-out est monnaie courante. Que ce soit pour les managers ou les ingénieurs. Et surprise, enfin quelqu’un qui me demande comment se passe ma mission. La réponse a nécessité plus de 2h de discussions, j’ai bien compris qu’il était plus qu’étonné d’apprendre tout ce que je lui racontais. Mes paroles coulaient comme un flot que je pouvais arrêter, et pourtant les entendre à haute voix les rendait de plus en plus vraies et de plus en plus difficiles à affronter. Il a tout de même fini la discussion en me demandant, par politesse sans doute, si je comptais accepter un CDI, j’ai répondu « Non » très doucement car les larmes étaient sur le point de couler sur mes joues, et il m’a demandé encore plus doucement s’il était possible que je lui en dise plus sur ce qui se passe dans sa nouvelle équipe.

Ce qui m’aidait à tenir jusque-là c’était la salle de sport et la cantine. Manger et se dépenser. Mais ça n’a plus suffi. Au bout de 9 mois passés entre les murs de cette tour, j’ai été mise en arrêt maladie. La vérité est que j’y ai cru. J’étais cette gamine qui avait perdu toute confiance en elle et je pensais ne plus jamais réussir à travailler en tant « qu’Ingénieur ». Quand on cherche un travail, on nous demande de parler de nos expériences, et quand on a envie de chialer rien qu’en décrivant sa seule expérience, ça n’est pas très vendeur. Il faut croire que j’ai bien camouflé la chose puisque peu de temps après j’ai décroché un CDI. Suite à cette expérience, je me suis promis à moi-même de ne plus jamais rester dans une situation d’inconfort, de m’écouter plus, et de réussir à dire non. Si un jour mon job me déplaît, j’espère avoir l’idée de relire ces lignes juste pour me souvenir par où je suis passée. Et je ne souhaite à personne de vivre une situation similaire.

Aujourd’hui je me suis reconvertie dans l’informatique, et je travaille dans un plus petit groupe, mais cela j’en parlerai dans un autre post. Pour le moment, je vous laisse réagir à la lecture de ce récit.

Dans l’attente de vous lire, 

Claire